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 Sujet du message: Re: Le jour et la nuit - Bernard Henri Lévy - 1996
MessagePublié: 16 Juil 2019 9:56 
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Apprenti Nanardeur

Inscrit le: 09 Juil 2019 13:52
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Lawrence Woolsey a écrit:
J'ai eu récemment l'occasion de m'offrir une soirée entièrement dédiée à ce film, comprenez visionnage de l’œuvre et des bonus de l'édition dvd. Le genre d'expérience que l'on ne peut pas oublier...

Déjà, le film. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec le temps, sa nanardise ne s'amoindrit pas et on reste sidéré qu'avec les moyens, les talents, et l'équipe technique qu'il avait à sa disposition, BHL n'ait réussi à sauver ni les meubles ni le moindre petit casier pour fournitures à la con d'étagère Ikéa. C'est juste un gros naufrage, comme si les concepteurs du Titanic n'avait finalement pas jugé bon de mettre le moindre canot, la plus petite bouée de sauvetage dans leur raffiot tant ils étaient sûrs que leur oeuvre était insubmersible et à l'épreuve des Icebergs les plus énormes. Entre ceux qui en font trop (Karl Zéro dont le moindre geste, la moindre intonation relève du surjeu), ceux qui n'en font pas assez (Alain Delon qui ne fait jouer qu'une seule partie de son visage à la fois), ceux qui voudraient pouvoir mais qui n'y arrivent pas (Arielle, qui est quand même sensée être l'incarnation de l'idéal féminin de notre héros tellement viril qu'il pourrait donner son nom à un aphrodisiaque naturel) et celle qu'on laisse dans un coin et qui préfère la jouer sobre en se rappelant qu'il fut un temps où elle recevait des directives claires, précises et sensées de la part des plus grands, c'est peu de dire que personne n'a l'air de jouer dans le même film que les autres.

Et au milieu de tout ça, BHL joue au metteur en scène, se payant même le luxe d'offrir à son film un titre soulignant au gros marqueur indélébile l'un de ses principaux défauts : une incapacité totale à rendre de façon réaliste le sentiment du temps qui passe. Ce film qui est sensé se dérouler sur un jour et une nuit, semble, par une absence de maîtrise dans les transitions entre les scènes autant que par une balourdise de mise en scène sans rythme aucun, s'étaler sur de longs mois. On peine également à croire à ce coup de foudre réciproque entre ces deux personnages aux charismes respectifs de crevette cuite et d'huître avariée, pas plus qu'on ne comprend comment le perso d'Arielle parvient à raviver la flamme créatrice chez Delon, qui plus est en quelques heures à peine. Tu m'étonnes que tout le monde se marre à la mort de Delon (quoi, c'est pas un spoil, les critiques de festival l'écrivaient alors que le flm n'était même pas sorti)

Alors si en plus on doit essayer de comprendre ce que viennent foutre là des guérilleros mexicains à qui il ne manque pas grand chose pour devenir un plagiat d'Emilio Espuelas ou encore des domestiques qui déconnent en gaspillant la bouffe (l'autochtone a des goûts simples...), on se dit que BHL il est bien gentil mais qu'un film, c'est comme une étagère IKEA : ça a l'air tout con mais quand on n'a pas la notice et qu'on n'est même pas sûr d'avoir toutes les pièces, bah on évite de la monter pour éviter de faire perdre du temps et de l'argent à tout le monde...

Après, viennent les bonus. Et c'est peu de dire qu'ils prolongent l'expérience en lui faisant atteindre de nouvelles hauteurs. Il y a déjà le documentaire vedette, Autopsie d'un massacre, qui occupe crânement la moitié de la jaquette de l'édition comme pour dire "Ah, vous voyez bien que mon film il est pas si nul et que je ne suis au fond qu'une pauvre victime de la méchanceté jalouse de ceux de mes contemporains que mon génie et ma réussite empêchent de dormir". Les auteurs filment BHL sur les lieux de son tournage, se livrant à ce qu'il sait faire de mieux : prendre des poses de philosophe poète entre deux embrassades viriles et fraternelles avec ses meilleurs amis autochtones qui l'accueillent avec effusion et simplicité, parce que Bernard Henri, vous voyez, c'est pas le gars à se badigeonner les lèvres de gel antibactérien avant d'aller rouler des galoches à des sud américains moustachus, c'est un homme, un vrai, c'est un homme vrai, c'est la vérité faite homme (ou alors, traitez-moi tout de suite de menteur...).

Et entre deux de ces moments d'effusion pas du tout mises en scène, tout un petit monde se livre à un numéro d'équilibriste, qu'il s'agisse de participants au film, d'amis du réali... de BHL ou de critiques ciné. Tout le monde essaye de faire semblant de jouer la carte de l'honnêteté, de la remise en question, sans y parvenir vraiment. Alain Delon, par exemple, prend peu de risque, limitant sa ligne de défense à une argumentation en mode Mouvement perpétuel : "Je ne fais pas de film que je n'ai pas envie de faire donc je n'ai pas de regret de l'avoir fait vu que je ne fais pas de film que je n'ai pas envie de faire et que c'est d'ailleurs pour ça que je ne pourrais jamais regretter de l'avoir fait, étant donné que je ne fais pas de film que je n'ai pas envie de faire". Il consent quand même à noter que même Visconti, grand metteur en scène de théâtre et d'opéra, a dû étudier le cinéma avant de devenir cinéaste. Ce qui peut vouloir dire ce qu'on veut... A côté, Karl Zéro rappelle qu'il aussi joué chez Mocky, que c'était pas fameux non plus mais qu'on l'emmerde moins à ce sujet qu'à propos de ce film (juste comme ça : peut-être parce que Mocky fait ses films sans soutien, sans argent et souvent sans promo alors que pour Le jour et la nuit, on aura sorti des slips à l'effigie de BHL que ça n'aurait pas dépareillé niveau saturation de l'espace promo...)

Et puis il y a les critiques ciné, qui ont sans doute le discours le plus posé et honnête du lot. Même si ça se fait du bout des lèvres, ils admettent qu'il y a sans doute eu un emballement, un effet boule de neige pour dézinguer BHL, mais que c'était à la mesure du phénomène annoncé et de la grande promo à laquelle le film a eu droit (un autre cas d'école : Astérix 3). Enfin, tout naturellement au milieu de tout ça apparaît Yann Moix qui réussit l'exploit de tenter de réhabiliter le film de son ami, son mentor, son Dieu qui lui a permis d'avoir 20% à vie chez les plus grandes marques de cirage tout en hissant au même niveau d'OFNI (définition : un film qu'il faut vachement être quelqu'un de pas comme les autres pour réussir à le faire) son propre film, Cinéman. Moix, c'est le seul avec Xavier Dolan à chercher à faire passer de l'autocélébration mégalomane pour de l'humilité attendrissante, sauf que Moix n'a pas la chance d'avoir trente ans de moins que lui donc ça se voit plus et ça émeut moins...

Enfin, arrive le gros morceau, qui se trouve paradoxalement être le document le plus court de cette édition, mais c'est du pur concentré, de la substantifique moëlle : le droit de réponse de BHL. Car vous pensez bien que le monsieur n'allait pas s'abaisser à se livrer au même exercice que les autres, à apparaître au milieu des mortels en prenant le risque que son discours soit malmené. Tel un Dieu omnipotent refusant à voir la moindre de ses paroles mise en doute ou contredite, lui, il attend que le documentaire soit fait, il le regarde, et il donne son avis, distribuant ses blâmes et ses satisfecit tel un Roi Soleil qui rend la Justice assis sur ses chiottes. De certains, il ne retient qu'une phrase "Oui, c'est vrai que ce film est une déclaration d'amour à Ariane". D'autres, il ne parle que de façon évasive "à un moment, il y a quelqu'un qui dit...". Sans déconner, ça t'aurait déboîté l'index au niveau de la deuxième phalange de griffonner son nom quelque part?

Puis, il s'attaque aux critiques et là, c'est juste grandiose. Tel un (pas de politique) de la Littérature, BHL n'entend que ce qu'il veut entendre, ne comprend que ce qu'il veut comprendre, et réinterprète les déclarations des autres en mode "de toute façon, il va pas débouler là maintenant tout de suite pour me contredire et après ça sera trop tard". Avec un petit sourire en coin, il reprend les déclarations des critiques évoquant l'emballement médiatique contre son film. Dans sa bouche, ça devient en substance "Vous (les réalisateurs du doc) avez réussi à capter LES AVEUX de ces ENERGUMENES qui avouent BIEN NAÏVEMENT (comme des cons, quoi) qu'il s'agissait d'une CABALE CONTRE MOI". Et c'est cette image qui me restera, celle d'un gars qui, voyant ses adversaire accepter de s'abaisser un peu pour les besoins de l'exercice, se met à les piétiner avec jubilation. A ce stade, ça devient fascinant, prodigieux...

Et il conclue, superbe (on imagine presque ses cheveux flotter au vent) : "mon film ne sera pas redécouvert, il sera découvert car il y a dans ce film énormément de choses que PERSONNE n'a vu, que personne n'a compris". Modeste, il espère néanmoins que cette reconnaissance se fera de son vivant. Bah oui, qu'est ce que vous voulez, il manque peut-être cinquante ans d'évolution au reste de l'Humanité pour s'élever au niveau de son génie... Quant à lui, ne vous en faites pas, quoi qu'aient pu en dire ses proches sur l'impact de l'échec de son film sur son moral, lui déclare qu'il ne lui a pas fallu plus de deux semaines pour s'en remettre, et qu'il a transcendé non pas cet échec mais cette expérience en écrivant un livre. Tel le Phoenix, BHL renaît toujours de ses cendres, et y a des jours où on se dit que c'est un peu dommage quand même...

Bref, c'est peu de dire que si vous avez considéré Le jour et la nuit ou Le serment de Tobrouk comme des monuments de mégalomanie, cette édition DVD vous fera entrer dans une autre dimension, tel un John Malkovich entrant dans sa propre tête. Maintenant, j'adorerai voir un documentaire sur la conception de cette édition DVD, ses auteurs/réalisateurs/producteurs/éditeurs réalisant peu à peu dans quel merdier ils se sont fourrés...


Bonjour suite à votre message je suis mitiger pour voir le film..

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Livre : Leçons de Tawhid / Auteur préféré : Cheikh Al Fawzan / Spiritualité : Priere de consultation.


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