
Titre original : Prisoners of the Lost Universe
Réalisateur : Terry Marcel
Année : 1983
Avec : Richard Hatch, Kay Lenz, John Saxon, Kenneth Hendel
Catégorie : Aventures
Genre : Salade mixte
Durée : 1H30
Pays : USA
Paris. An 3800. Musée Nanarland.Comme tous les jeudis – rendu férié hebdomadaire en 3000 – je me rendais au Musée Nanarland, un lieu à l’univers chamarré qui propose toutes les semaines un visionnage commenté d’une œuvre étrange, pan d’une catégorie de cinéma qu’une poignée de cinéphiles aux goûts particulièrement bizarres s’était employée à déterrer contre vents et marées. Pourquoi ? C’est ce que le musée ouvert tout récemment cherche à nous expliquer, figeant pour l’éternité des centaines d’objets hétéroclites et insolites, tels des VHS originales, des affiches aux titres bizarres, des portraits d’acteurs n’ayant percés que dans des sous genres…
Après avoir traversé le hall Godfrey Ho, je me retrouvais à nouveau dans la salle Bruce Baron pour la projection hebdomadaire. Une petite vingtaine de personnes étaient déjà là, assises sur des macaliens pliants, en face d’un écran blanc grand format. Oui car on n’emploie pas les techniques modernes, on emploie un vieux format qui porte le nom étrange de Blu-Ray. Juste à temps ! Sylvia 6, l’androïde chargée de l’accueil et des commentaires prenait déjà la parole.
« Bonjour à tous, chers fidèles, dans cette nouvelle Séance Excentrique. Le film que nous allons vous projeter maintenant se nomme Les Aventuriers de l’Univers Perdu… »« Ah oui, je le connais !! C’est ce film là, avec cet homme au chapeau et au fouet… » dit un gros homme à coté de moi.
« Non, non. Vous, vous parlez des Aventuriers de l’Arche Perdue, c’est différent. Il s’agit effectivement d’un film d’aventures, mais pas de cet acabit. Mais trêves de parlote et envoyons le film ! »Le noir. Les premières images défilent. Une jeune femme blonde, du nom de Carrie (Kay Lenz) présentatrice de télé de son état se trouve chargée d’une nouvelle interview. Après un accrochage avec un jeune électricien nanti d’une épouvantable chemise à carreaux du nom de Dan (Richard Hatch), elle arrive au domicile du futur interviewé, un savant portant le nom du Docteur Hartmann (Kenneth Hendel).
« Ah mais je le connais lui ! Je l’ai vu dans un film la semaine dernière…Bienvenue chez les Ch’tits, je crois… »« Non Monsieur, vous confondez avec Kad Merad. » me répliqua Sylvia 6 sans se démonter.
Après une brève parlote dans un laboratoire ultramoderne (enfin c’était peut être ultramoderne dans les années 1980 mais deux ou trois machines peintes en rouges équipées de diodes et une table basse reconverti en télétransporteur, c’est pas terrible), le Dr Hartmann se fait mystérieusement effacé par un rayon jaunâtre. Panique de la demoiselle qui perd du même coup son interview. Mais voilà que rentre celui avec qui elle a eu un accident – pourquoi est-il rentré dans cette maison précise ? – d’une manière tout à fait décontractée, après s’être fait assommer par la dame. Je me suis d’ailleurs demandé un instant pourquoi elle avait le réflexe de taper un inconnu dans une maison qui n’était pas la sienne, cela pouvait être un membre de la famille mais bon. Ils sympathisent, et au cours d’une fausse manœuvre, il se fait lui aussi effacé par le rayon suivi de près par la journaliste qui ne veut pas rester toute seule…

« Euh…mais excusez moi mais j’ai du mal à comprendre sa logique…Pourquoi est ce qu’elle le suit ? Ca semble dangereux, elle ne le connaît même pas et elle aurait pu aller chercher de l’aide ailleurs… »« Ca, monsieur, le réalisateur ne l’a pas précisé, sans doute cela faisait-il partie du caractère de son personnage… »Je n’étais pas particulièrement convaincu par les explications de Sylvia mais je m’étais habitué à me livrer à ce genre si particulier de cinéma. Apparemment, les trois personnages ont été envoyés sur une terre du nom de Vonya, peuplée de créatures étranges. Coup de bol extraordinaire, le vanyan ressemble exactement au français, ce qui leur permet de communiquer avec entre autres, des hommes verts, des voleurs, un homme velu qui me rappelait furieusement le joueur Sébastien Chabal et des drôles de petites créatures aux yeux barbouillés à la surimpression rouge bruités par des cougars. Soudain séquence extraordinaire, deux de ces êtres se retrouvent poussés dans un ravin. Impressionnante chute de deux corps.

Etude sur la chute des corps.« Mais…ils se sont vraiment sacrifiés pour faire cette scène ? Quelle abnégation… »« Pas du tout, monsieur, c’est là la magie du cinéma. Ce sont des MA-NNE-QUINS ! »Rumeurs d’admiration dans la salle.
Au cours d’une autre séquence, je ne peux m’empêcher de faire une autre remarque concernant l’attitude de la godiche blonde. Voilà qu’elle se baigne à poil dans un lac qui se trouve dans une dimension inconnue peuplée de drôles de créatures, sans penser ne serait-ce qu’une seconde que ça pouvait être dangereux. Elle manquera au passage de se faire zigouiller par un figurant nanti d’un beau masque de monstre en latex, trouvable dans toutes les bonnes boutiques de farces et attrapes.
Le terrifiant démon des eauxLe film progresse et on prend contact avec plusieurs ethnies. Des tribus semi primitives au visage ruisselant de latex se cachant dans des grottes, un clan idolâtrant un monolithe qui fait disparaître les gens dans une gerbe d’étincelles…Tout ceci semble indiquer que le réalisateur avait un peu trop d’idées au départ et ne sachant laquelle développer, les a toutes employées en les insérant dans son scénario au petit bonheur la chance. Quand, au milieu de tout ce foutoir apparaît une tête familière. Je ne peux réprimer un cri de surprise :
« Ah ! Lui, je le connais ! John So..Sax..quelque chose. Il a tourné avec Bruce Le n’est ce pas ? »
« Là encore vous vous trompez, à moitié il est vrai. Il s’agit bien de John Saxon mais il n’a pas tourné avec Bruce Le, il n’était pas encore assez connu. Il a par contre côtoyé l’un de ses clones, un dénommé Bruce Lee dans Opération Dragon… » Reprit Sylvia 6 nonchalamment.
« Il joue ici le rôle de Kleel, rebaptisé en français Gotan… »Moment très particulier que celui où l’intérieur de la forteresse dudit Gotan nous est dévoilé. De l’extérieur, on a une palissade en bois assez minable avec quelques petites huttes de l’autre coté. Puis une sorte de grand bâtiment à la perspective douteuse servant de donjon. On s’aperçoit que ce fameux chef de guerre qu’est Gotan dispose d’hommes de mains aux trognes patibulaires et au jeu tout en finesse, de femmes esclaves sexuelles et surtout, surtout d’une arme ultime, contre laquelle on ne peut rien et grâce à laquelle il peut asseoir sa domination sur cet univers ingrat et apparemment très peu peuplé. Cette arme c’est…un pistolet. Mais un pistolet à l’apparence très vieille, tenant plus du type Jack Sparrow 150 que du Python 357. Retrouvailles avec le professeur qu’on avait alors complètement oublié et qui bosse à présent pour Gotan. On ne nous expliquera jamais ni comment ni pourquoi il est là. Non.
Quand à John Saxon, apparemment il n’à qu’une envie très limité d’être là entrain de jouer les tyrans d’un monde ancien futuriste et son jeu s’en ressent. Qu’il balance des injures bien senties à ses sbires ou qu’il drague avec toute la classe de la brute épaisse « Tiens, prends ce cadeau. Je l’ai récupéré sur le cadavre d’un voleur que j’ai refroidi ! » il détonne quand même parmi les quidams employés pour jouer sa suite. Professionnel mais on le sent quand même impatient de toucher son chèque.
Tout le reste du film sera consacré à la libération des griffes du grand méchant Gotan de la gourdasse dont Dan est tombé follement amoureux. Ce dernier déploiera des trésors d’astuces – à base de combines de troc dépassé ou de bricolage totalement surréaliste – et de force, tatannant des dizaines et des dizaines de figurants au cours de baston réglées un peu n’importe comment et rythmées à la boîte à baffe. En fait c’est lui qui fait tout le film et je me demandais sérieusement à quoi servait les autres : L’homme vert, apparemment le Legolas du pauvre qui sait tous les secrets de la terre vonyenne, Malachi (prononcez Malakaï), un voleur habile mais pleutre et passant les trois quarts du film les bras croisés et l’homme des cavernes que la journaliste a tiré de sables pas trop mouvants vers le début du film. Bon, certes ils balancent deux ou trois taloches de temps en temps mais pas de quoi crier venez voir.

En frisé, l'habile voleur et l'homme-vert. Engoncé dans des sables mouvant le "beastman" (ça c'est du nom !)
Mais surtout une autre interrogation titillait mon cortex. Le temps défilait, la fin approchait, comment tout cela allait-il pouvoir finir ? Il restait pas mal de questions en suspens, de fils à dénouer, d’intrigues à expliquer et très peu de temps restait au compteur. Mais pendant que je ruminais tout ceci, je tiquai une fois de plus. Les personnages venait de passer deux fois de suite dans un couloir aux murs en carton pâte imitation brique qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui dans lequel ils venaient de passer.
« Dites, c’est étrange mais ils ne tournent pas un peu en rond ? »« Pas du tout » expliqua Sylvia
« En fait il s’agit d’une technique très astucieuse pour limiter les décors. On tourne plusieurs plans dans un même décor que l’on change subrepticement entre deux pauses et le tour est joué ! »
Le couloir mystérieux de Gotan !Le fait est. Le petit problème c’est que du coup la géographie du lieu relevait du casse tête. Ils passent par une porte et se retrouvent dans le même couloir de l’autre coté avant de repasser par cette même porte une deuxième fois ! Une fois que le concept est accepté par l’œil humain, le rendu de cette courte scène agace une nouvelle fois mes zygomatiques de manière incontrôlée. Ouf, voilà la donzelle sauvée par la fine équipe et le décor de Gotan se retrouve pulvérisé dans plusieurs explosions. Explosions pas très bien explicable parce que la matière combustible n’est pas censée être en abondance sur Vonya et voilà que ça pète comme à Saïgon. Les voilà dehors et soudain…la fin. Je n’étais pas très sûr de ce que je venais de voir à l’instant. Etait-ce vraiment fini, là, comme ça ? J’en restais médusé, tellement pris de court que je ne réalisait même pas encore quand les premiers noms défilaient sur l’écran noir.
« Mais…mais…ça finit comme ça ? Vous êtes sûr qu’une partie du film n’est pas manquante ? »« Non, non, c’est bien ainsi que cela finit, vous avez la vraie fin et le film complet. »


Les Aventuriers du Texas Perdu !!Quand la lumière est revenue, j’étais encore sous le choc de cette fin aussi abrupte qu’une falaise bretonne. J’essayais de faire un point sur la chose que je venait de voir. Un électricien avec autant de charisme qu’un pavé, une demoiselle en détresse désespérément cruche, des acteurs du fond de seconde zone, des maquillages aussi réussi qu’un Halloween de maternelle, une dimension « futuriste » parsemée d’arbres à assiettes en cartons, de rochers qui brûlent, de peuplades aussi éparses que bizarroïdes nanties de costumes fleurant bon les antiques Puces de Saint-Ouen (quand ils ne laissent pas entr’apercevoir des jeans sous des haillons), des décors pas franchement convaincant, et je passe sur des chutes d’acteurs vraisemblablement non voulues. Le petit speech de fin de Sylvia m’apprend que si le film a bénéficié d’une sortie cinéma générale, en revanche, dans son pays d’origine, ces Aventuriers de l’Univers Perdu ont débutés…à la télévision. Ce qui explique le manque visible de moyens. Encore tout émoustillé par ce film et alors que les gens se relevaient pour sortir, Sylvia nous annonce que le prochain jeudi, un cycle ninja se déroulera dans la salle Filmark. Une chose est sûre, me disais-je, emboîtant le pas de mon voisin vers la sortie, moi, je viendrais !
Note : 3/5
Rareté : 3 Rare
D’après les informations de la boutique, le film est sorti en DVD sous plusieurs éditions aux USA dont une le mettant en coffret avec un autre film fort sympathique du grand Alfonso Brescia du nom de Star Odyssey.
Une galette ricainePour ce qui est de la France, il faut encore s’employer à trouver les VHS de chez Sunset et Scherzo pour pouvoir profiter des aventures extraordinaires de Dan et Carrie.
