Vu lundi (oui j'ai regardé les trois films du coffret Sim et je crois ke mon cervO fnctionnnne bi1 lo ptdrxxxx...)
Je suis fasciné par les films de Bernard Launois. Vraiment. Cette fascination, je la dois à l'interview du bonhomme proposée dans l'édition DVD de Devil story où il racontait écrire de temps en temps un script entre deux boulots, tourner le film vite fait et retourner bosser. Launois c'est un peu le Didier Wampas du cinéma, restant indépendant du système en se foutant les mains dans le cambouis là où d'autres préfèrent faire n'importe quoi dans le domaine artistique plutôt que de... Euh, attendez... Bon, j'abandonne l'analogie foireuse avant de décerner à Launois le titre de John Cassavetes français...
Enfin, comme il est dit dans le même documentaire (par Christophe Lemaire, je crois), il y a dans les films de Launois une sorte de naïveté cinématographique qui fait bien plaisir, comme si un enfant était aux commandes. Mais je verrais plutôt Launois comme une sorte de grand adolescent réalisant son premier film dans son jardin avec ses potes, se rêvant réalisateur et ayant écouté les conseils éclairés de son entourage répétant avec la tranquille assurance de ceux qui savent tout mais qui ne font rien que "pour se faire remarquer dans ce milieu, faut faire une comédie parce que c'est plus facile de faire rire" (
http://www.youtube.com/watch?v=cBcGuFZVsFM). Et on se lance dans le tournage, on s'éclate à le faire, les fous rires sont nombreux, en regardant les rushes, on est morts de rire et on se dit que si ça nous fait marrer, ça plaira forcément à tout le monde. Bref, les comédies de Launois, c'est un peu comme des madeleines de Proust pour tous ceux qui, plus jeunes, se sont rêvés cinéastes.
Pour pousser plus loin l'analogie, j'ai été frappé dans ce film par l'accumulation de scènes de longs et lents travelling latéral. On imagine Launois tout content d'avoir du vrai matériel de cinéma et qui s'amuse à tourner des plans sur rail de travelling (une des raisons pour lesquelles, selon moi, la scène de la piscine est aussi longue). Tous ceux qui ont déjà fait un film amateur, se sont un jour ou l'autre sentis frustrés devant l'incapacité d'offrir un mouvement fluide à un plan en l'absence de matériel pro. On croit qu'il suffit de bouger doucement la caméra pour que ça fonctionne mais le résultat est toujours décevant (surtout à cette époque où la Steadycam venait tout juste d'être mise au point, Shining étant sorti la même années que Touch' pas à mon biniou !). Donc Launois a, peut-être pour la première fois accès à du matériel vraiment pro et sans doute des techniciens un minimum compétents alors il s'amuse avec le matériel et, tout fier de la beauté des mouvements de caméra, laisse les plans s'étirer en longueur de la même façon qu'il foutait des effets sonores et des miaulements un peu partout dans Devil Story. C'est une simple théorie de ma part.
Concernant le film, il atteint vraiment le degré zéro de l'humour, au point que bien des comédiens, fameux ailleurs, semblent ici à la limite de l'amateurisme. Je ne parle pas des comédiens en début de carrière comme Evelyne Broussole qui semble appliquer à la lettre ses cours de comédie par correspondance "Pour montrer que j'ai cerné mon personnage, je vais jouer toutes mes répliques exactement de la même façon, dans une diction lente et blasée témoignant du ras-le-bol de mon personnage quant à l'insondable médiocrité humaine ambiante". Outre Sim qui offre effectivement la seule (à ma connaissance) prestation involontairement antipathique de sa carrière, il faut citer Henri Genès et Florence Blot (tous deux bien plus pros dans Sacrés Gendarmes !) et Robert Rollis, un ancien Branquignol habitué des tournages d'Yves Robert et Pierre Tchernia. Ce comédien qui, comme de nombreux autres formés au cabaret et au théâtre de revue, joue comme il respire et, dans un téléfilm comme Le passe-muraille de Tchernia, prouve en deux scènes qu'il maîtrise parfaitement la gestuelle du comédien. Mais chez Launois, on dirait presque qu'un autochtone a été recruté pour jouer le rôle voire qu'il s'agit du vrai patron du bar qui n'a accepté de laisser l'équipe tourner chez lui que s'il joue lui-même son rôle. Il a même droit à l'une des vannes les moins drôles du film "Zorro est arrivé?" dont Launois semblait tellement fier qu'il l'a mise dans son générique de début.
Pour finir, parlons-en de ce générique. On en revient au Launois qui copie-colle ce qu'il a vu ailleurs, le générique de début faisant plus ou moins office de bande-annonce de ce qui suit, mettant en avant les "meilleures" scènes et répliques de chaque personnage, celles qui semble les définir le mieux. C'est simple, il faudrait voir la vraie bande annonce d'époque pour vérifier si Launois ne s'est pas contenté de la copier coller pour faire un générique vite fait. Mais ce qui m'a frappé ici, c'est que ces plans fonctionnent plutôt comme des pièces éparses d'un puzzle. Sorties de leur contexte, ces répliques sont incompréhensibles (le fameux "Zorro est arrivé" ou le gag du cuisinier qui a les doigts coincés) et ne trouvent une cohérence toute relative qu'une fois mise en contexte dans le film.
Bref, Touch' pas à mon biniou, c'est une sorte de cas d'école de film amateur tourné avec des moyens pros, témoin d'une époque où tout le monde, pourvu qu'il soit un peu roublard, pouvait faire du cinéma.