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Me souvenant d'un trèèèèès viel épisode du podcast (sur les Has Been ?) sur l'ami Kevin Sorbo et sa carrière qui ressemble à la journée typique d'un mineur de charbon du XIXe siècle, je suis tombé sur God's not dead premier du nom sur Amazon, et je me suis dit, allez, pourquoi pas? J'ai survécu à Bells of Innocence et à Unplanned, alors let's go.
Vu cette nuit... ... ... Ouch... ... Nanar? ... Non. Navet. Chiant. Vertigineusement con. Nul. A classer dans la catégorie "Mais bordel c'est ma grammaire cinématographique qui est dévariée ou bien ces films chrétiens n'ont vraiment ni queue ni tête !!?" ... Je vais poser un état de fait. Je suis pas croyant. Mais pas athée, pas agnostique, meme pas antithéiste (le mal absolu, dans ce film, by the way). Je suis Rienàfoufiste,... Peut être Foutémoilapiste. Le concept de "Dieu" m'importe peu, me passe teeeellement loin au dessus de la tete,... au pire me dérange comme un caillou dans la chaussure de l'humanité. Si certaines personnes veulent avancer en ayant mal au pied, j'en ai tellement rien à battre,... Mais bon. Disons juste que j'ai pas le temps de m'intéresser à tout ça, que j'ai mieux à faire, j'ai un mètre cube de DVD de chez Cash Affairs à mater, alors vos trucs divins machinchouette, hein, merci bien. Bon c'est pas tout ça. Allez. Le film, enfin le pamphlet, le tract, le discours créationniste, pfff je sais plus, il est 3h du mat', là... Le truc avec Sorbo. Ça parle de quoi?
Ben c'est très simple. C'est l'histoire d'un prof de fac très connard et abusif de son pouvoir et son aura, désagréable et tyrannique avec ses éleves, condescendant et patriarcal avec sa copine. On apprend que sous son vernis d'athee bien dans ses bottes se cache un petit bigot perdu suite à un traumatisme d'enfance. Et à la fin il meurt renversé par une bagnole. Point. ... Quoi, "c'est tout?" Z'êtes bien, vous, les jeunes, avec vos idées de scénarios complexes...
Ah oui, ok, bon, il se fait d'abord dégommer en rhétorique par un etudiant de première annee, parce qu'en plus c'est un mauvais prof de philo. Repoint. La voiture le dégommera un peu plus tard. ... Oui oui, c'est tout. ... Ah merde insistez pas, on fait déjà les fonds de tiroirs. ... "Et gnah gnah gnih, et gnah gnah gnah, avec ça le scénario il tiendrait pas 20 minutes, blabliblu" Bah voilà, on la reconnait bien la jeunesse abreuvée aux versions longues du Seigneur des anneaux et aux bandes annonces de 2h45 de chez Marvel, alors faut que ça dure, même si vous êtes tous rivés sur votre portable dès qu'on agite plus les clés de sous vos yeux, hein, bande de millénials, y a des études la dessus, les jeunes arrivent plus à se concentrer 12 secondes, les poissons rouges font mieux, ils regardent des films chrétiens entiers, EUX, je le sais, y'z'en parlaient encore ce matin sur CNews!! ... Bon ben en effet comme c'est tres post it comme scenario, on a essayé de meubler et faire durer avec une fille qui a un cancer, une fille musulmane qui renie sa foi pour embrasser le christianisme (ouais là c'est les moments les plus tendax, je plisse d'habitude moins les yeux lors de scènes d'opérations à coeur ouvert), une vieille dame qui a Alzheimer, deux révérends qui veulent démarrer une bagnole, et Dean Cain qui n'en revient toujours pas que son personnage de Superman ait pu un jour décoller, mais pas sa carrière.
Voilà. Comme dirait une certaine grande dame dans un podcast que j'écoute beaucoup trop, "c'était le scénario".
Mais bordel, que c'est nul, mais que c'est nul!! Ma prise de parti n'a jamais fait autant de ping pong, tellement les deux adversaires du débat étaient nuls dans leurs arguments. J'ai eu l'impression de lire des commentaires facebook sur un post "créationnisme et platisme".
Dans le coin droit, ce pauvre gamin formaté, charismatique comme un un plat "topinambour et hareng bouilli au lait", au regard d'épagneul ayant reçu un coup de pantoufle dans le fondement, biberonné au sein du ptit jesus, et qui se croit pertinent avec des arguments en papier crepon. Pour etre clair sur ce point, j'ai dû faire des retours arrière pour ré-écouter ces derniers avec une consternation grandissante, et un sillon appuyé entre mes sourcils très très froncés, pour finir de conclure "mais c'est pas un argument ton truc??!" Bref, ça pue les biais cognitifs, ça se démonte plus vite qu'un lego tombé de la bibliothèque, mais apparemment, ça ébranle les convictions d'un quadragénaire prof de fac dépressif au regard de droopy (et non, ce dernier n'est pas joué par Mathieu Madenian).
Parce que oui!! Dans le coin gauche, nous avons le Hercule fatigué, le Dutch Yousonofabeach de la Foir'Fouille (allez voir Mission Commando, c'est un très bon nanar), kevin sorbo le bien mal aimé !!! Je crois qu'en fait il a mal lu le synopsis, parce qu'il ne joue pas le prof de philo, mais le prof de droit (ouais, 5 ans de fac de droit, je les repère de loin). Méprisant, dogmatique, vachard, misogyne, revanchard et sadique, il est CE prof que personne ne voudrait avoir (je suis même pas sûr qu'ils en voudraient à Assas, c'est dire). C'est d'ailleurs un très mauvais prof, qui "écarte l'existence de Dieu" de son cours, puis demande à ses élèves de lire... Descartes... Non mais bordel, Kevin, fais un peu de recherches avant de dire de la merde!! Un prof de philosophie et morale qui, alors même qu'il a la réputation de bouffer du catho au petit déjeuner, ne trouve rien à répondre lorsque son adversaire lui lance "ben si y'a pas de Dieu, pourquoi la morale existe?", argument typique de la grenouille de bénitier contente de soi (y'en a des trouzaines sur facebook, lire leur commentaires rabaisse tellement ma foi en l'humanité que j'ai engagé bruce willis et son equipe de forage pour la récupérer régulièrement).
Quelque chose d'étrange se dégage de ce film. Bien qu'il soit sorti il y a quelques années, il est très dans l'air du temps, à cette période que je qualifierais sans prétention d'orwellienne (si si, vous les avez déjà entendus, genre "le vrai fascisme c'est la gauche", etc...). En effet, ici, Kevin, le prof de philo, le scientifique, prend toutes les postures propres au bigot sûr de lui. Incapable de contre argumenter (le gamin, chretien vénère, lui reproche, à lui scientifique, d'accorder de l'importance à des raisonnements circulaires... Serieux??!), d'amener une idée qui ne soit pas dogmatique, il aligne les postures rigides et sans fondement, boude, se met en colère, menace... Posture que j'attendrais d'un Michel Onfray, mais pas d'un prof de philo... (Comment ? Michel Onfray a été prof de philo ?... Ah merde). Bref, on a bien là un scientifique écrit et joué par des personnes qui ne comprennent définitivement pas ce qu'est la science, ce qu'elle dit (et là encore "dire" ne veut pas dire "graver dans la pierre"), et comment elle permet de comprendre l'univers. Ou bien c'est que ce prof est mauvais comme un cochon. En clair, si vous avez un petit bagage scientifique, attendez vous a faire suffisamment de facepalm pour finir avec le front aplati.
En fait je ne crois pas que les gens qui sont derrière ce genre de scénario comprennent également ce qu'est l'athéisme. Ici Kevin se présente comme un athée, mais en fait il est en colere contre dieu qui a tué sa maman du cancer quand il était petit... Mais Kevin, détester, c'est déjà croire... Et bravo, en cette petite minuscule phrase, c'est un peu ce qui fait office de victoire au petit chrétien sur le méchant prof antithéiste... Le poids d'une victoire se pesant à l'aune du niveau de l'adversaire, ben... Toute petite victoire, hein, bien petite. Parce que convertir un converti paumé, c'est pas une conversion, j'appelle ça de la fénéantise.
Quand au reste du film, il est là pour tirer sur nos nerfs lacrymaux. La jeune fille musulmane se fait virer de chez elle à coups de torgnoles parce qu'elle se chretientise. Voilà, les musulmans sont décrits comme des gros intolérants qui foulardisent leurs filles de force, et les tartent quand elles fautent. Pas du tout comme ces gentils chrétiens, pour lesquels la foi est synonyme de liberté et d'ouverture. De grands moments de gênance pataude dans ces propos haineux. Quant aux autres, Alzheimer et le cancer, elles ne sont là que pour tirer la larmichette du public, et éventuellement sa conversion, avec la même subtilité et les mêmes sabots que ce témoin de Jéhovah qui m'a abordé un jour où j'attendais en larmes de très mauvais résultats à l'hôpital (true story, des mecs errent en France dans les salles d'attente pour convertir des personnes flirtant avec le désespoir).
Dans le casting des tronches obligatoires de films chrétiens, on retrouve David A R White, avec sa tete à mi chemin entre un Dawson pas trop futé et une endive cuite à l'eau, qu'on a déjà croisé dans Bells of Innocence, où Chuck Norris joue un ange cowboy qui tire des rayons de pureté (surement la séance d'échauffement avant son actuelle prise de fonction... Rip Chuck), et dans lequel le (pas très) beau David a moins d'utilité qu'un sandwich au jambon de quatre jours. Ah ben tiens, comme ici... Je déconne pas, 80% de ses apparitions consistent en divers essais de démarrage de voiture pour emmener son pote à Disneyland Floride, pour au final tenir la main de Kevin dans une dernière scène.
Oh mais que vois-je? C'est un mirage? C'est une illusion d'optique? Ah non, c'est Dean Cain qui essaie de faire redémarrer sa carrière avec aussi peu de résultat que David White avec sa bagnole... Quoi? c'était méchant et gratuit? Oh bah héhé un peu oui, j'assume même carrément (on voit que c'est pas vous qui vous êtes fadé cette horreur, faut bien me permettre de décompresser un peu)
Pour finir, je retiendrai quelques trucs annexes pas très subtils, comme par exemple cette journaliste qui se présente pour un podcast qui s'appelle "la nouvelle gauche". Bon ça va, elle mord pas très fort, on n'est pas à l'huma, à mediapart ou au canard enchainé. C'est plus des questions innocentes et pertinentes (hem) du genre "ah ben si dieu existe, alors pourquoi j'ai un cancer?" On a plutôt là des perches que des javelots. Son arc final la verra embrasser la vie plus sereinement dans la foi, ça guérit pas du cancer, tu vas souffrir ton agonie ma cocotte, mais comme c'est la Destinée divine, alors ça va.
Et dernier point qui pue, c'est Kevin. Enfin sa fin. Parce qu'il meurt. Et comme il meurt renversé par une bagnole et sous la pluie, son agonie le terrifie. Alors c'est pas mal, cette coïncidence que le pasteur david white ait voulu encore partir en bagnole à Disneyland, et qu'au final il se soit arrêté, comme ça il peut être là pour lui tenir la main, et lui dire que c'est une chance que Kevin agonise brisé de partout et souffrant de fractures multiples en se noyant dans son propre sang sous la pluie et abandonné par les siens, parce que même s'il est athée, c'est la volonté de Dieu de les faire se rencontrer afin qu'il l'aide à retrouver sa vraie foi... Et cette scène, et la liesse (oui, la LIESSE) qui en découle, c'est juste terrifiant. Oui, j'ai dit LIESSE, passque David et son pote de conclure en souriant béatement que c'est une bonne nuit, car tels de petits batman et robin chrétiens, ils ont remis sur le droit chemin une âme égarée avant sa mort, ils l'ont sauvé, et il est sûrement heureux là où il est. Allez, un de plus. J'imagine qu'il vont se faire une petite cicatrice sur l'épaule une fois de retour à la maison... Mais qu'est ce que quoi? WHAT THE WHAT??? TROUVEZ LE FREIN ET STOPPEZ LE TRAIN!! Une personne terrifiée à l'idée de mourir, qui comprend que bientôt tout va s'arrêter sans un visage ami auquel dire au revoir, au cerveau ravagé par la douleur polytraumatique, à l'esprit rendu incapable de tenir un raisonnement lorsque tous ses voyants sont dans le rouge, mais suppliant de pouvoir, parmi tous les regrets et actes manqués qu'il a pu stocker, en choisir rien qu'un seul et l'exaucer, alors que les poumons lentement encombrés lui font comprendre peu à peu l'expression "dernier souffle",... en abuser ainsi, c'est juste dégueulasse. Point.
Ah oui tiens (edit du lendemain), faudrait que je revoie la scène pour être bien certain à 100%, mais en plus y a là un gros refus de venir en aide à personne en détresse vitale, parce que David et son pote se posent la question d'appeler ou non les secours, et au final non (je rappelle qu'ils ne sont pas médecins), il décident que ça sert à rien, Kevin est trop amoché, autant utiliser le temps qui reste pour sauver son âme, c'est plus important (je paraphrase dans les grandes lignes). Vous vous souvenez la scène de "Un jour sans fin", lorsque Bill Murray tente de sauver un clochard, et qu'il essaie, itération après itération, de lui faire survivre cette nuit par tous les moyens, et qu'il se résigne à la fin, après avoir tout essayé, et qu'il comprend qu'il était trop tard pour agir et tout ce que ça implique? C'est poignant hein ? Ben là vous avez tout l'inverse. Et c'est pas très beau.
Donc non, pas nanar. Bon ça va, c'est pas Unplanned, on a juste des débats nuls entre des personnes qui comprennent pas grand chose de la philo, et ça peut être regardé avec autant de tension qu'un match de foot de catégorie poussin. Mais c'est le discours sous-jacent qui est bizarre, une sorte de vallée dérangeante où personne n'agit ni ne pense comme le commun des mortels agit en général, et le décalage qui en découle donne un sentiment d'étrangeté et de malaise. Un film donc puant la propagande chrétienne trop appuyée, celle qui ne souffre pas qu'on la contredise, ou qu'on marche sur un autre sentier, dans une autre foi, ou sans avoir besoin de foi.
Beurk/20
_________________ Festival de la tarte à la va... Mais qu'est-ce que c'est que cette connerie? Il est où, mon "che" ?
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