Ch'tite chro d'un nanar découvert cet après-midi. Bonne lecture.
-_-
CITY DRAGON
Titre original : City Dragon
Titre alternatif : Warrior Brother
Réalisateur : 'Philthy' Phil Phillips
Année : 1995
Pays : États-Unis
Genre : Yo ! Ecoute mon flow, MC Kung Fu est dans la place ! (
Catégorie : Tatane)
Durée : 1h38
Acteurs principaux : Stan Derain (alias MC Kung Fu), Kathy Barbour, 'Philthy' Phil Phillips, John Williams, John J. Haran
Liens utiles :
La chronique du site Bleeding Skull, qui m'a fait découvrir le film-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Scénario de Stan Derain alias MC Kung Fu, d'après une histoire de Stan Derain alias MC Kung Fu
Producteur : Stan Derain alias MC Kung Fu
Musique composée par Stan Derain alias MC Kung Fu et 'Philthy' Phil Phillips
Filmé dans le quartier et les appartements de Stan Derain et 'Philthy' Phil Phillips, avec des potes de Stan Derain et 'Philthy' Phil Phillips

1995. Stan et son pote Phil aiment le rap. Et Stan pratique aussi les arts martiaux et est fan des films de Bruce Lee. Alors, nos deux p'tit djeuns décident d'ameuter quelques connaissances pour faire ensemble un film de kung-fu où tous les personnages s'exprimeraient en slam, et, cerise sur le gâteau, ils décident de mettre de "l'humour" dedans. Mais comme ils n'ont pas un radis pour le budget et qu'ils n'y connaissent visiblement pas grand chose en cinéma, le résultat est là :
"City Dragon", la première sexy comédie pouêt-pouêt musicale de kung-fu amateur banlieusarde. Et le moins que l'on puisse dire est que c'est... heu, spécial.
Et encore, le film bifurque en cours de route vers le mélodrame socio-familial, le psycho-thriller et le film d'auto-défense avec insécurité urbaine (le héros est agressé par des gangs sans aucune raison dès qu'il met le nez dehors) et vengeance. C'est dire si ça part dans tous les sens.

Il n'y a pas vraiment d'histoire, on suit juste un enchainement de scénettes supposées à la gloire de Stan Derain alias MC Kung Fu. Sauf que MC Kung Fu (dans le film il s'appelle Ray, mais MC Kung Fu c'est tellement plus cool) est un des héros "positifs" les plus ahurissants de beauferie du monde et il est entouré de deux sidekicks comiques ultra-lourdingues. Que les sidekicks soient insupportables, on va dire que c'est normal, mais que le héros badass soit encore plus bouffon et grotesque que ses faire-valoir, c'est inhabituel dans un film d'action.
"City Dragon" baigne dans une ambiance de rappeurs 90's particulièrement beauf qui lui confère son univers propre. Le héros et ses deux potos forment en effet la plus belle bande de blaireaux que j'ai pu voir tenir des rôles principaux sur un écran, et ne vivent que pour "embrasser les culs" (ce sont eux qui le chantent) de toutes les jolies filles à gros seins passant sous leur nez. Qui dit culbute dit forcément drague, et là, je ne suis pas sûr qu'aborder une femme inconnue dans la rue en lui disant d'entrée de jeu qu'elle a un gros cul soit une technique de séduction très efficace dans la vie réelle. Mais dans le film, ça marche à tous les coups !

MC Kung Fu. Beware his fury!

MC Kung Fu, faut pas lui baver sur les rouleaux (là, ce sont des images promotionnelles bien plus nettes que ce qu'on voit à l'écran. Pour bien profiter de la qualité pornorama d'origine, contemplez plutôt les caps suivantes).

MC Kung Fu a une tête de winner.



MC Kung Fu connait bien le sens du mot classe.

MC Kung Fu a le 'ythme dans la peau.


MC Kung Fu retire toujours ses fringues du haut quand il affronte les loubards, histoire de montrer ses beaux abdos à tout le monde.

"Le guide de la drague", par MC Kung Fu.

MC Kung Fu les tombe toutes.

MC Kung Fu et ses amis pour une ambiance virilo-niaise à la "Miami Connection".

Les sidekicks de MC Kung Fu. Le Noir c'est 'Philthy' Phil Phillips himself, qui même pour la séquence d'émotion où il reçoit un couteau dans la poitrine ne peut s'empêcher de faire des vers avant de virer de l'œil dans les bras du héros. Quant au Blanc, c'est un certain John Williams (qui, étonnamment, n'a pas participé à la musique du film), personnage d’érotomane déjanté qui affirme être "un nègre un peu pâle".

Y a pas que le héros qui a le droit d'avoir la classe.La vie pourrait se poursuivre ainsi pour notre trio d'obsédés mono-neuronaux, partagée entre numéros de rap urbain, bastons contre les loubards du coin et plans drague/culbute de filles aussi faciles que dans un boulard, mais tout change pour MC Kung Fu le jour où il rencontre Tina. Tina, c'est le grand amour, et notre héros dit dès lors adieu à son existence de dragueur immature qui larguait les gonzesses comme un gros mufle dès qu'il les avait "consommées" pour passer de suite à la suivante. Tout ça c'est du passé, notre branleur de compétition ayant fait un gros brainstorming qui le transforme soudain en amoureux responsable. Il demande donc spontanément Tina en mariage dès que celle-ci lui annonce qu'elle est enceinte. MC Kung Fu est tellement révolutionné dans sa tête qu'il décide de
travailler pour nourrir sa future famille et est embauché dans une grosse boite comptant en tout une patronne et un employer, lui. Sauf que là, malédiction, la patronne est une blonde plantureuse elle aussi tout droit échappée d'un boulard. La boss vicieuse fait du harcèlement sexuel sur notre pauvre MC Kung Fu qui finit par céder, à son corps défendant, à ses assiduités nymphomanes pour sauver son job. C'est la partie mélo conjugal du film, où notre héros devra reconquérir le cœur de son épouse bafouée mais adorée. Le problème c'est que ça fait complètement tâche au beau milieu du film d'action explosif et testostéroné promis par la jaquette.
MC Kung Fu et l'amour de sa life Tina.
On parle beaucoup de la discrimination envers les femmes sur le lieu de travail, mais "City Dragon" est un film fort et courageux qui ose dire les choses vraies de la vérité qui dérange : une femme supérieure hiérarchique, c'est des vies de couple brisées, pensez-y.




Scène de blues sentimental déchirante pour le héros qui appelle désespérément "Tinaaa !" en regardant une photo de l'être aimé. S'en suit l'inévitable flashback des tourtereaux s'aspergeant de mousse à raser, courant main dans la main dans le parc et faisant l'amour devant un feu de cheminée sur fond de musique sirupeuse à mort.Il y a aussi tout un segment mettant en scène John, le méchant de service qui n'en demeure pas moins la grande victime de l'histoire. John est l'ex-petit ami de Tina, c'est un caractériel abusif, jaloux et violent, mais surtout c'est le seul personnage du film à ne pas faire de rap quand il parle (l'apanage absolu de la méchanceté selon les auteurs). En apprenant le mariage de son ex avec MC Kung Fu, John pète un câble et après avoir tué trois personnes, il se retrouve arrêté et condamné à 25 ans de taule. Envoyé sans transition dans une clinique psychiatrique car il commence à voir Jésus et à se croire attaqué par des araignées imaginaires, il est alors victime du sadisme des médecins démoniaques de l'asile d'aliénés. Réussissant on ne sait trop comment à s'échapper de la camisole de force, il tombe comme par hasard sur Tina au service maternité de l'asile psychiatrique pour dangereux criminels de droit commun et prend le bébé (enfin, la poupée en plastique) de Tina en otage, histoire de se faire démolir la face par MC Kung Fu dans le combat final.
John, un bad guy dont la vie est brisée en miettes par la faute du héros et dont on a vraiment pitié pour lui.
"Merde, comment il faisait Mel Gibson dans "L'arme fatale 2" déjà ?"
Image promotionnelle de l'affrontement final bien mis en valeur par son décor de folie.
Dans le genre "segment parallèle", les malheurs de John se trouvent cependant battus par les malheurs de Rick, le sidekick blanc du héros, qui se retrouve obligé de danser à poil en criant "Coin coin !", en pleine nuit, devant une mare aux canards, sous la menace de l'arme de sa petite amie et devant la caméra de la copine de cette dernière.



Des loubards gweilossiens qui commettent la folie de traiter Bruce Lee de pédale pour provoquer le héros, mais MC Kung Fu aura tôt fait de venger son idole avec toute la sauvagerie requise avant d'adresser en direction du paradis des karatékas un magnifique "This is for you, Bruce. You still the king of kung-fu."
Un flic qui se la joue "Dirty Henry".Premier et unique film de la plupart de ses intervenants, l'intérêt de
"City Dragon" nait du décalage entre le film cool et branché que semblent avoir voulu tourner le tandem 'Philthy' Phil Phillips/Stan Derain et les choix artistiques tous plus à coté de la plaque les uns que les autres de notre duo.
"City Dragon" est un film de tabasse dont les combats sont tous filmés sans rythme ni chorégraphie ni éclairage adéquat, une comédie dont les gags très appuyés battent des records de lourdeur que n'aurait pas renier un Max Pécas au pire de sa forme, un hymne passionné au rap se vautrant dans une réjouissante ringardise et un film d'amour effarant de machisme. Rempli de scènes inutiles n'ayant pour but que de combler les trous béants d'un scénario totalement incohérent, bourré de trognes impayables, d'acteurs débutants qui font ce qu'ils peuvent avec plus ou moins de bonheur (John et Tina s'en tirent pas trop mal, les pires interprètes du lot étant le héros et ses deux sidekicks, tout bonnement fantastiques) et de looks vestimentaires à se déclencher une hémorragie oculaire, ce film mérite néanmoins toute notre indulgence, comme tout film semi-amateur fait pour le fun par une bande de potes passionnés. C'est sûr, ça n'a ni queue ni tête et ça ne peut plaire qu'aux nanardeurs hardcore prêts à se farcir une heure trente de médiocrité filmique shootée directement en vidéo, mais le film est une curiosité tellement unique qu'on ne peut qu'être pris de sympathie pour les auteurs de cette œuvre délirante qui sent certes la misère mais possède aussi ce qui fait les vrais nanars : de la sincérité.
"Yo Nanarland, moi c'est MC Kung Fu !
Moi et ma bande, c'est vrai qu'on est un peu mou !
Mais avec nous, le fun est au rendez-vous !
Et puis les meufs demandent qu'à tirer des coups !
C'est moi le City Dragon, tataneur un peu relou !
Le héros couillon du cinoche de mauvais gout !"Note : 2,5/5
Cote de rareté : 4/Exotique.
Préservant leur patrimoine culturel tout en le rendant accessible aux lecteurs DVD du reste du monde, les Américains ont édité un disque toutes zones se trouvant pour des prix très raisonnables sur les sites de vente en ligne. En tout cas, les accroches de la jaquette ne manquent pas d'humour quand on a vu le film (
"A must for all fans of good fight films!", "The climactic fight is one of the best ever seen!", mouhahaha !).
Attention à ne pas vous faire avoir par la
flying jaquette du DVD "City Dragon" des escrocs passionnés de chez Prism, qui à l'intérieur ne contient nullement les prouesses martiales, musicales et érotomanes de MC Kung Fu, mais un certain
"Death Match" de Joe Copoletta, film de kickboxing de série B semble-t-il très académique.

Ne vous laissez pas berner par cette accroche qui tue, ce n'est pas le bon film à l'intérieur.