Merci pour ton retour passionnant, Red Dear.
Toutes les guerres, même les plus sales, ont donné des nanars. La Shoah et les expériences de Mengele et ses collègues ont inspiré le débilissime
Holocauste Nazi : Armes Secrètes du IIIème Reich et le turbo-ringard
L'Ange de la Mort d'Eurociné. J'ai donc bon espoir que les guerres actuelles, avec leurs cortèges d'atrocités et d'innocents sacrifiés, se trouvent exorcisées à l'avenir par des tâcherons opportunistes capables de rendre drôles des choses qui sont déprimantes dans la réalité.
Nul doute que la guerre en Iran donnera du
"America, fuck yeah !" à la pelle.
Cependant, je doute qu'un conflit parvienne à battre la guerre du Viêt-Nam en nombres de nanars.
The Ravager est peut-être le premier film américain à exploiter la guerre sous l'angle du trauma post-Viêt-Nam. Auparavant, Hollywood avait déjà produit quelques films, mais c'était plutôt des brûlots bien nuls, dont le plus célèbre est évidemment
Les Bérets Verts. On peut aussi citer le très cheap
To the Shores of Hell (sorti en France sous le titre
L'Enfer du Vietnam), réalisé par Will Zens, producteur de
Help Me... I'm Possessed! et monteur de
Rescue Force, deux autres nanars de Charles Nizet (tout est lié, décidément !). Des films ouvertement pro-interventionnistes, tournés au début du conflit, pour dire aux spectateurs que l'Oncle Sam avait besoin d'eux pour aller trucider du coco la fleur au fusil, en utilisant les bonnes vieilles ficelles des films de propagande anti-Jap produits en masse pendant la Seconde Guerre mondiale et des films au discours Maccarthyste produits pendant la guerre de Corée. Mais ce coup-ci, la sauce n'a pas pris, Lyndon B. Johnson puis Nixon ayant échoué à censurer la couverture médiatique. Ces films kitschs, caricaturaux et manichéens étaient trop décalés par rapport à la réalité dont le public avait pour la première fois connaissance.
Après cette première salve de Namsploitation 60's, il y eut quelques autres films tout aussi cheapos mais nettement moins va-t-en guerre dans les 70's, comme
Les Machines du Diable et ses bikers hippies manipulés par les politicards de Washington pour aller casser du coco avec leurs motos bioniques de post-apo avant l'heure. Mais dans les années 70, le Viêt-Nam était très peu bankable à Hollywood, donnant mauvaise conscience au public ricain, et la plupart des films mettant en scène des vétérans étaient plutôt des polars, où le Viêt-Nam restait une toile de fond traumatique, se limitant à quelques flashbacks. Il a fallu attendre la présidence Carter pour qu'Hollywood exploite vraiment le sujet.
Et globalement, la plupart des films américains produits après la guerre, même les plus belliqueux et reaganiens, ont représenté le conflit comme un trauma. Dans un film aussi con et revanchard que
Rambo 2, Trautmann précise bien que ce que l'Amérique a fait au Viêt-Nam était
"moche" et était
"un mensonge". Il n'y a guère que Chuck et la Cannon qui osaient encore montrer la guerre elle-même comme une sainte croisade entre les gentils Yankees et les méchants Viet' dans la saga
Portés Disparus. Et bien sûr, bon nombres d'ersatz philippins et italiens opportunistes allaient encore plus loin dans le révisionnisme que leurs modèles américains. La Théorie des Dominos y donnaient des dialogues démentiels comme
"Si nous n'y prenons pas garde, Washington sera bientôt la grande banlieue de Moscou !" et le héros colonialiste y enseignait aux petits Vietnamiens que
"le popcorn et les bombons poussent sur les arbres" au pays de l'Oncle Sam.
Bien loin de toutes ces odes béates et bourrines à l'impérialisme yankee,
The Ravager se veut un film sombre qui montre au contraire le vétéran comme une menace, transformé en bête fauve incontrôlable à son retour au pays. C'est dans son exécution que le projet sombre dans le ridicule. Charles Nizet ne sait décidément pas faire un film sérieux, même sur un sujet glauque, il ne peut pas s'empêcher de verser dans le nanar.