JACK TILLMAN a écrit:
C'est vrai que relire ses premières chroniques est toujours douloureux pour l'amour-propre, et ce n'est pas facile d'éditer une vieille chro pour gommer sa facture bancale.
Oui, complètement ! Je t'avoue d'ailleurs que c'est une vraie réflexion que j'ai depuis quelque temps.
Parmi tous les membres de la Team, c'est unanime, on rougit tous en relisant nos premiers textes. Avec les années, certains ont d'ailleurs été supprimés du site (car le choix du film ne correspondait plus à la ligne éditoriale).
C'est d'ailleurs pour ça que depuis la cinquième mue du site en septembre 2020, nous avons ajouté (sur l'idée de Labroche) la date de publication des chroniques, juste sous le titre du film traité. Car quand Nanarland avait 5 ou même 10 ans, la question ne se posait pas mais à présent que le site a 25 ans, certains textes et certaines références accusent vraiment leur âge. En 2001, on faisait par exemple volontiers référence aux séries TV des années 70-80 qui avaient baigné notre enfance. Aujourd'hui, je ne pense pas que les lecteurs de moins de 20 ou même 30 ans connaissent Dallas, L'Homme qu tombe à pic, Arnold et Willy, Santa Barbara, L'Agence tous risques, Alf, Papa Schultz, Téléchat, Les années collège, Madame est servie, L'ours Colargol, Ricky ou la Belle Vie ou Punky Brewster (Papy Rico faisait même des références à Maritie et Gilbert Carpentier !). Je pense aussi au "genre" de la chronique de Yor : "Big Jim emperruqué". Big Jim c'est une série de figurines produite par Mattel entre 1972 et 1986...! Sans avoir vocation à servir d'excuse, afficher la date permet donc de contextualiser un peu certaines chroniques vraiment old school.
Labroche dit souvent que si Nanarland avait été créé plus tôt, ça aurait été un fanzine, et plus tard, une chaîne Youtube. Là, on est un site web. Et l'avantage d'un site web par rapport à un support papier, c'est que rien n'est figé.
Retravailler ces anciennes chroniques, c’est un des trucs les plus casse-tête que j’ai pu entreprendre. Sur des chroniques moins anciennes, c'est souvent moins délicat parce qu'il y a moins de boulot, donc on peut reprendre "en surface" quelques tournures de phrases par-ci, par-là sans que ce soit trop compliqué. Sur de vieux textes en revanche, c'est vraiment galère - c'est comme un vieux bâtiment dont il faudrait entièrement reprendre les fondations, et donc le détruire complètement et reconstruire en partant de rien. Ca n'a pas trop de sens de faire un ravalement de façade sur un bâtiment tout pourri et brinquebalant. Mais en même temps, je n'ai aucune motivation à réécrire entièrement ces chroniques, qui sont dans leur jus mais correspondent aussi à mon état d'esprit de l'époque. Tant qu'à faire, je préfère employer mon temps à en récrire de nouvelles.
Pour être honnête, je me suis lancé dans une relecture de mes chroniques en ligne parce que mon aîné de 12 ans a capté que mon pseudo c'était John Nada, et qu'il commence à lire ce que j'ai fait sur Nanarland. Un jour il m'a montré avec enthousiasme certains de mes premiers textes, et en survolant les textes en question je me suis dit "Oooh... c'était pas bien terrible tout ça"
Exercice délicat donc : mes anciennes chroniques ne sont souvent pas très bien structurées, pas très bien rédigées non plus, avec parfois de longues phrases ampoulées et pas super utiles, un humour puéril etc. mais avec en contrepartie un réel enthousiasme, une certaine énergie et un esprit très "post de forum" et "Nanarland des débuts", avec le plaisir très marqué de faire découvrir et partager ces films qui caractérisaient la plupart des textes Nanarland de 2001-2005.
j'ai pris le parti de ne pas "canceller" ces chroniques. Ce serait vain de les remplacer par des textes sans doute mieux écrits, plus érudits et mieux structurés mais en faisant complètement disparaître ce qui pouvait aussi faire le charme de ces reliques. En voulant faire mieux, on se retrouve potentiellement aussi à faire comme tous ces réalisateurs qui cherchent à sortir des versions ultimes de leurs films, en gommant tous les petits défauts, les imperfections, pour au final faire généralement regretter aux fans la version d'origine.
Bref, j'essaye d'y aller vraiment mollo, en me contentant de supprimer ou ré-écrire ce qui me fait vraiment rougir aujourd'hui, mais sans chercher non plus à tout reprendre.
Enfin... sauf ici. Pour "Le Gladiateur du Futur", c'était finalement assez facile car la chronique de 2002-2003 était vraiment très, très courte, et surtout très lambda. Si tu as envie de comparer, voici un copier-coller de mon texte d'origine en .doc (créé en janvier 2002, avec dernière modif en novembre 2003 - date à laquelle il a dû être mis en ligne).
Ca méritait vraiment un gros coup de polish ! Et j'aurai moins à rougir si mon fiston tombe dessus

Citer:
Le Gladiateur du Futur (Endgame – Bronx Lotta Finale) :
Italie. 1983. 91 mn. De Steven Benson (alias Joe D’Amato), avec Al Cliver (alias Pier Luigi Conti), Moira Chen (alias Laura Gemser), George Eastman (alias Luigi Montefiori), Gordon Mitchell (alias Charles Allen Pendleton), Gus Stone (alias Gabriele Tinti), Al Yamanouchi, Michele Soavi…
Le genre : cheapo-discount post-apocalyptique
http://www.fantafilm.it/Schede/1981b/83-15a.jpg http://www.fantafilm.it/Schede/1981b/83-15e.jpg http://membres.lycos.fr/nanardata/nada/ ... rFutur.jpg Une petite chronique prestement rédigée pour combler ce qui m’est apparu comme un manque accablant : Le Gladiateur du Futur. En post-nuke fauché comme c’est pas permis, voilà encore un gros morceau de la clinquante période italienne du début des 80’s, celle qui regroupe les 2019 Après la Chute de New York (De Martino), 2072 les Mercenaires du Futur (Fulci), Les Rats de Manhattan (Mattei), Rush (Ricci), Les Nouveaux Barbares et autres Guerriers du Bronx (Castellari). Dans la foulée de 2020 Texas Gladiators (co-réalisé avec George Eastman), Joe D’Amato s’y recolle de bonne grâce avec Le Gladiateur du Futur, à nouveau à partir d’une histoire d’Eastman, à nouveau avec ses deux « Al » fétiches : Cliver et Yamanouchi. D’emblée, le ton est donné : sur fond de champignon atomique rouge orangé et de zizique Bontempi quasi expérimentale défilent des noms qui font naître une douce sensation euphorisante dans le cœur du nanardeur passionné : Al Cliver, George Eastman, Gordon Mitchell… Autant de gloires underground, auxquelles on peut ajouter l’indonésienne Laura Gemser, star du film érotique dans les 70’s (elle est notamment l’héroïne de la série des Black Emmanuelle et de tout un tas de cochonneries plus ou moins épicées du sieur D’Amato) et épouse (aujourd’hui veuve) de Gabriele Tinti, lui aussi acteur dans le nanar qui nous intéresse ici.
http://www.insane.nu/kult/endgam7.jpgShannon (Al Cliver), the héro
http://www.insane.nu/kult/endgam11.jpgL’énigmatique Karnak (George Eastman)
Le gladiateur du futur (nous sommes en 2025), c’est Shannon, la vedette d’un jeu télé à la Running Man mettant en scène des chasseurs et un chassé se livrant une lutte à mort. Ce tournoi violent qui accapare les foules s’avère être l’instrument d’un gouvernement lâche et un tantinet despotique qui s’appuie sur une milice à l’avenant, forte d’une myriade de zigotos tout de cuir noir vêtus et le crâne bien à l’abri sous des casques allemands flanqués d’un logo SS rouge (le genre de méchants individus que le public de base n’a pas grand mal à haïr en somme). Vainqueur pour la énième fois, en partie grâce à une mutante télépathe, notre héros blasé se voit proposer un périlleux boulot par celle-ci : la convoyer elle et ses amis mutants jusqu’à un point de rendez-vous situé hors de la ville contre de l’or en barre. Parce qu’en 2025, retenez-le, les mutants engendrés par l’holocauste nucléaire se diviseront en deux classes :
1) Les mutants dits régressifs, des énergumènes aussi dégénérés que dangereux subissant une modification de leur organisme vers des formes primitives, leur visage jadis humain présentant par exemple le faciès d’un chimpanzé ou bien leur corps se couvrant carrément d’écailles, de nageoires et de branchies (maquillages fendarts garantis !).
2) Les mutants télépathes, d’aspect tout ce qu’il y a de plus humain mais forcément plus évolués. Pouvant lire les pensées des uns et des autres, ils constituent la promesse d’un monde meilleur où « l’incompréhension sera bannie ». Du coup, le gouvernement en place cherche à les éliminer.
http://www.insane.nu/kult/endgam6.jpgLe Colonel Morgan (Gordon Mitchell), un rien caractériel
Le temps de dégotter quelques sidekicks à droite à gauche (Bull, un baroudeur borgne, Ninja, un asiatique au front ceint d’un bandeau qui tatane sec, Kovack, un gros costaud vêtu d’une peau de bête etc.) via un recrutement dans l’esprit des Sept Mercenaires et l’aventure dans le monde merveilleux du post-apocalyptique de superette peut commencer…
http://www.insane.nu/kult/endgam8.jpgBull (Gabriele Tinti) dégomme les mutants en 125 par douzaines
http://www.insane.nu/kult/endgam9.jpgNinja (Al Yamanouchi) en action (derrière, des mutants motorisés)
La suite, je ne me retiens de vous la narrer qu’afin de préserver le plaisir de ceux qui auront l’occasion, tout ou tard, de visionner la chose. Sachez juste que c’est vraiment du tout bon, l’ensemble parvenant à régaler les pupilles avides du nanardeur sans jamais les gaver. Alors en pleine exploitation, le post-nuke est un sous-genre sur les bases grossières duquel Le Gladiateur du Futur pèse de tous ses kilos, avec une conviction qui fait plaisir à voir et le droit indiscutable de concourir dans la catégorie poids lourds.
http://www.fantafilm.it/Schede/1981b/83-15d.jpgUn mutant libidineux qui semble trouver Lilith (Laura Gemser) à son goût
http://www.insane.nu/kult/endgam4.jpgBoum !
Carrières et usines désaffectées à foison, personnages hauts en couleurs (l’attaque des moines aveugles : un bijou), impressionnantes chutes de rochers en carton, orgie de 125 cm3 montées par d’hargneux mutants régressifs et autres véhicules qui, de l’avis même d’un protagoniste, « sont presque des pièces de musée mais fonctionnent bien » : même s’il n’offre que du classique – l’indigence du budget alloué au film ne pouvant pas vraiment permettre à D’Amato de déchaîner son imaginaire – Le Gladiateur du Futur reste varié et se déguste très agréablement de bout en bout (de toute façon, avec autant de grands noms réunis, vous aurez compris qu’il s’agit d’une valeur sûre), d’autant que la recette est judicieusement relevée par un infime soupçon de 2nd degré et d’humour acerbe, notamment à travers les publicités pour Life Plus – la boisson énergétique des gladiateurs ! – et le combat absurde entre Shannon et un de ses challengers : après avoir reçu pas moins de 14 énormes coups de pied consécutifs (oui, je les ai comptés), notre héros taciturne, raisonnablement rancunier, n’en rend que 8 du même genre à son adversaire avant de l’achever d’un atemi bien appuyé. Il faut croire que dans le futur, les gladiateurs ne feront pas vraiment dans la dentelle. Slurp, y a pas du rab, chef ?
http://membres.lycos.fr/nanardata/nada/ ... utur/1.jpghttp://membres.lycos.fr/nanardata/nada/ ... utur/2.jpg http://membres.lycos.fr/nanardata/nada/ ... utur/3.jpghttp://membres.lycos.fr/nanardata/nada/ ... utur/4.jpgLorsqu’il est touché, le mutant en 125 choisit généralement d’aller chuter dans une grande flaque de boue (parce que c’est photogénique et parce que ça fait moins mal)
John Nada 3,5/5