Bonjour,
c'est ma première participation à ce forum. je lis déjà les critiques de Nanarland depuis un bout de temps, parfois en riant de bon coeur et d'autres fois en fronçant franchement les sourcils. j'ai souvent eu la tentation de réagir, mais quand j'ai découvert celle-ci j'ai succombé. j'ai peur que mon intervention soit mal reçue, pourtant je viens ici avec les meilleures intentions : apporter un autre éclairage sur le film, celui de quelqu'un qui comprend le portugais...
tout d'abord je n'ai absolument rien contre toi barracuda, je ne peux que saluer l'initiative de mettre en avant une vieille bobine qui n'a, à ma connaissance, aucune exposition sur le net français (qui plus est sur un site dont l'audience ne doit pas être négligeable) et je comprends ton enthousiasme à vouloir marquer le coup par l'humour.
cependant, pour te dire le fond de ma pensée, je pense que tu es un peu passé à côté du film et l'a vendu pour ce qu'il n'était pas.
j'ai fait le choix de ne te citer que partiellement pour ne pas allourdir d'avantage un post que je sens déjà trop long, j'espère ne pas trahir tes propos
Barracuda a écrit:
Je sens que cette chronique là ne va pas être facile.
Rien n’est plus facile en effet que de « vendre » un insipide navet comme un sommet de drôlerie. Comment donc vais-je pouvoir m’y prendre pour vous parler de Bruce Lee against Gay Power, c’est à dire « Bruce Lee contre le pouvoir homosexuel ».La seule chose vraiment importante à dire au sujet de ce film, c’est que dedans il y a Bruce Lee qui se bat contre le Gay Power. Sérieusement bien sûr, sinon ce n’est pas drôle. aucun doute, nous sommes bien en présence d’un authentique film de Bruceploitation brésilien avec tout ce que cela implique déjà de crétinerie. le héros ici calque en effet son costume sur celui porté par David Carradine dans la série TV Kung-fu
certains ont apprécié l'originalité de la structure de ta chronique et pourtant je crois que c'est de là que vient tout le problème : tu t'es entièrement adossé à la traduction anglaise très fantaisiste du titre d'un film dont tu ne comprenais pas la langue
le titre de ce film n'est pas Bruce Lee vs Gay Power: il n'y est pas question de Bruce Lee, plutôt de ses mauvais imitateurs et on n'y parle jamais d'un quelconque pouvoir homosexuel contre lequel il s'opposerait.
ce n'est pas de la bruceploitation et le film ne se prend pas une minute au sérieux : comme son titre d'origine l'indique, Kung Fu contra as Bonecas est avant tout bel et bien une parodie de la serie télévisée américaine Kung Fu (tu ne sembles avoir fait le lien qu'au niveau de la tenue du héros), puis une parodie de bruceploitation et enfin une parodie, comme l'a très justement suggéré nikita, du film de cangaçeiro.
quant à la traduction du mot "bonecas", elle est interprétable, s'il s'agit bien de "poupées" je ne connais pas de brésilien capable de me confirmer que ce terme pouvait littéralement signifier "folles" en argot des années 70, mais il semble tout de même le suggérer. de toute évidence le film utilise les folles comme ressort comique, cependant il ne propose pas un schéma de lutte des gentils hétéros contre des méchants gays et joue au contraire perpétuellement de l'ambiguité de ses personnages principaux
rotor et mandraker l'avaient pressenti à juste titre : ceci est une comédie tout ce qu'il y a de plus volontaire. je ne comprends pas que tu en doutes ou le minimises tant la place donnée à l'humour visuel est grande, mais sache que chaque ligne de dialogue est prétexte à caser une blague, souvent minable, mais entièrement assumée.
d'ailleurs tu aurais peut-être dû commencer par te pencher sur la filmographie du sieur Stuart : comme l'a heureusement indiqué mandraker, s'il s'agit de son coup d'essai, ce n'est pas sa dernière comédie parodique. il est en fait spécialisé dans le comique populaire et a signé, outre les films mentionnés, de nombreuses collaborations avec Os Trapalhoes qui, bien que considérés ringards à l'heure actuelle, jouissent d'une incontestable notoriété en tant que troupe d'humoristes dans leur pays.
Citer:
Que l’acteur principal ne ressemble ni de près ni de loin à Bruce Lee et ne soit même pas asiatique n’a aucune importance
perdu
c'est un des running gags du film. c'est justement un asiatique qui, le premier, lui lancera en le voyant débarquer "chintoc!" comme une insulte. tout le monde l'appelera par le suite "le chinois" et quand son amie lui demande d'où il vient, il explique qu'il est par ses parents d'origine chinoise, grecque, australienne, etc.
soit dit en passant, il ne s'appelle ni kung-fu, ni bruce lee, mais "xangui" (je ne mettrai pas ma main à couper sur l'orthographe...)
Citer:
les cris stridents, les poses avantageuses prises pendant le combat, les tics. Enfin, il y a le Maître Shaolin de Bruce Lee qui apparaît à travers quelques flashbacks, ici joué par un Noir affublé de moustache postiche.

vraiment?
je ne me rappelle, comme rotor, que de cris rauques volontairement exagérés à l'extrême, de poses passablement ridicules et pas l'ombre d'un frottement de nez avec le pouce.
ces flashbacks font directement référence à ceux de David Carradine dans la série Kung Fu : le maître est noir et le "petit scarabée" (ici "moustique") affublé d'un costume de cérémonie de remise de diplôme pour souligner l'aspect parodique. dans la série Carradine se souvient des enseignements de ses maîtres pour prendre la bonne décision dans les moments cruciaux, ici notre guignol efféminé fait toujours le contraire, autre running gag.
Citer:
Suivant l'ancienne tradition shaolin, ceci est censé être une marque de tigre gravée dans la peau au fer rouge, mais apparemment le magasin de faux tatouages n’avait plus que des zèbres en stock.
là encore c'est une parodie du générique de la série Kung Fu... tout comme la quasi intégralité de l'introduction du film en fait...
Citer:
Le Gay Power ici, c’est une espèce de gang qui fait régner la proverbiale terreur sur la ville et commet une erreur fatale lorsqu’il s’en prend finalement aux parents de Bruce Lee et les assassine sauvagement. A part des costumes folkloriques aux couleurs pastels, une poignée de gags particulièrement pesants et un personnage de travesti très caricatural, la bande que combat Bruce Lee aurait tout aussi bien pu être un gang de motards ou de mafieux indélicats.
encore perdu
pas la peine de revenir sur la définition de cangaçeiros, clairement donnée par nikita (même si seulement 3 d'entres eux semblent s'adonner à l'homosexualité), si "xangui" en veut à la bande ce n'est pas tant parce qu'ils ont tué ses parents et violé sa soeur que parce qu'ils ont brûlé son cochonnet. et le drame causé par la perte de son porcin de compagnie est une fois de plus utilisé comme blague récurrente...
petit hors-sujet : tant que j'y suis, la figure du cangaçeiro (au costume traditionnellement chargé mais pas aussi bariolé que dans ce film) qui culmine dans le O Cangaçeiro des années 50 "remaké" dans les années 90 n'est pas étrangère au cinoche européen puisque Tomas Milian interprêta en pleine période "western zapata" un "O'Cangaceiro" qui connut une sortie en France.Citer:
L’attitude de Bruce Lee face à l’homosexualité est assez floue. D’un côté il combat le Gay Power, responsable de la mort de ses parent. De l’autre il semble lui-même éprouver une certain attirance pour le sexe fort et c’est non sans suprise qu’après la mort de sa fiancée on le verra finalement se consoler dans les bras du travesti local. C’est en fait la copine de Bruce Lee qui fait l’essentiel du savatage (avec la même prédilection pour le coup de boule dans les valseuses d’ailleurs), Bruce lui-même ne servant souvent que de force d’appoint.
là aussi c'est on ne peut plus voulu : il passe son temps à se faire traiter de tapette, que ce soit par les gamins qui lui lancent des pierres ou sa copine lasse de le voir négliger ses avances.
tout le monde se bat archi-mal parce qu'il n'est pas question de se prendre au sérieux, le héros et sa "copine" donnent des coups dans les roupettes par dérision.
je trouve comme rotor que tu exagères pas mal en disant qu'elle fait tout le boulot : il y participe à peu près autant qu'elle, même s'il prend le temps de savourer une petite mousse en plein pugilat
Citer:
le peu que l’on arrive à comprendre de l’histoire laisse penser que celle-ci est tout aussi barrée que le reste
plus ou moins :
un "pro" du kung fu errant aux origines diverses et variées, très efféminé et s'exprimant comme un mioche de 5 ans rentre à son village. en chemin il défend une donzelle d'une horde de hors-la-loi qui lui apprend que sa famille et surtout son petit cochon ont été victimes des mêmes bandits. ces cangaçeiroes dirigés par l'ambigu capitaine, lui-même à la solde du colonel (grand propriétaire foncier), font régner la terreur dans le patelin en attendant l'arrivée providencielle de la cavalerie. le héros les retrouve dans la maison close tenue par la mère de sa nouvelle amie pour leur coller une raclée mais le capitaine lui échappe. après quelques péripéties incluant son arrestation pour vagabondage et la trahison du colonel par son bras droit pour prendre de force la main de sa jolie fille (jolie mais très stupide, elle finit au bordel pour respecter les dernières volontés de son cher papa...), notre parodie de petit dragon finira par rosser les méchants pour s'en retourner solitaire sur les routes. fin.
Citer:
Il convient en effet de préciser que le film ne se prend pas entièrement au sérieux et semble même pencher franchement du côté de la comédie lourdaude le temps de quelques scènes.
venons en donc à la conclusion : oui, tu peux le dire, le film ne se prend pas au sérieux, même pas un tout petit peu, et remplit parfaitement son office de comédie parodique lourdingue
mon avis c'est que c'est une une grosse comédie bien épaisse et une parodie irrévérencieuse et fauchée (enfin on parle de cinéma populaire brésilien : il ne faut pas s'attendre à Byzance!)
donc point de nanar de bruceploitation à l'horizon.
après se pose la question de savoir si c'est une "comédie nanarde". j'avoue que ce concept m'échappe un peu et je trouve cela assez présomptueux de classer comme tel un film dont on ne comprend pas un mot... chacun est libre d'en juger
bref, un monstrueusement long message (pardon

) pour dire que s'il est on ne peut plus louable de déterrer des films exotiques de la belle époque peu accessibles, il l'est beaucoup moins de leur contruire une réputation trompeuse à partir de quelques malentendus. vous me répondrez probablement que si je comprenais le turc, les prestations de cuneyt arkin n'auraient pas la même saveur... et vous n'aurez pas tort
