Un vrai gros morceau, qui nécessite de faire une petite pause tous les quarts d'heure sous peine de surchauffe du cervo... Un rythme frénétique qui me fait dire que Philippe Clair et Bernard Launois sont l'Alpha et l'Omega de la comédie française nanarde, le premier provoquant le rire crispé par l'accumulation de grimaces, de répliques pas drôles etc. et le second son absence de rythme et l'étirement en longueur de séquences pas drôles...
Ce qui est quand même surprenant aujourd'hui, c'est de voir la qualité de certaines scènes comme les cascades et poursuites en voiture et fourgonnettes (police, ambulance... M'étonnerait pas que ça soit la même caisse repeinte). Enfin quand je dis qualité, je parle de la dangerosité des scènes avec figurants évoluant au milieu des voitures roulant à vive allure (figurant dont les déplacements sont la preuve que les plans n'ont pas été passés en accéléré pour simuler la vitesse des bolides). Après on sent parfois une certaine impréparation dans les cascades notamment celle où on voit une ambulance démolir un étal de fruits et légumes... Mais quand même, quand on voit ça, on se dit que c'était vraiment une autre époque...
Après, si certains plans sentent le délire total (notamment les plans de groupe où chacun cabotine dans son coin entraînant faux raccord sur faux raccord), un peu naïf (je suis fan du plan du flic monté sur la vache avec la caméra qui le suit maladroitement ça fait vraiment "plan tourné pour la déconne après un repas bien arrosé") ou le ridicule toute honte bue (je pense au début du braquage place Vendôme apparemment tourné dans des conditions réelles au milieu de badaud non prévenus si on en juge par leurs regards très appuyés...) d'autres sont un peu plus travaillés ou du moins posés comme quand Francis Blanche rejoue son rôle de Papa Schultz du film Babette s'en va en guerre. Ce film fut véritablement le point de départ de sa carrière cinématographique puisque, tel Peter Sellers dans La Panthère Rose, celui qui devait n'être qu'un second rôle comique vola la vedette à tout le casting et le comédien de théâtre et de radio devint un second rôle récurrent du cinéma français des années 60-début 70 (même s'il avait déjà eu pas mal de rôles avant). Enfin c'est ce succès qui entre autre explique son absence pendant la majeure partie de la quatrième et dernière saison du feuilleton radio Signé Furax, grand succès populaire de l'époque.
Bref, le personnage joué par Blanche dans "Babette..." resta longtemps extrêmement populaire auprès du public français, au point qu'on n'hésita pas à nommer selon ce personnage la série télévisée américaine Hogan's Heroes. Et, et c'est là où je voulais en venir, ça explique à mon sens pourquoi au cours d'une séquence d'une démence folle (course poursuite sur les quais dans une voiture décorée de lierre), Philippe Clair prend le temps de poser sa caméra et de laisser Francis Blanche sortir une réplique posée, à l'intonation très éloignée des vociférations du reste du métrage :
"Quelle idée de vous déguiser en général allemand !
- Oh c'est un costume que j'ai gardé d'un vieux film, les producteurs pensant que ça portera chance..."
Un clin d'oeil très appuyé mais sympa quand même puisqu'on sent que Clair a laissé Blanche faire son truc à sa façon...
Pour finir, un des premiers rôles filmés de Blanche c'était dans ce court-métrage réalisé par le débutant Henri Verneuil où il avait pour partenaire Pierre Dac :
http://www.youtube.com/watch?v=xoQt1vbQvtI. Pas grand'chose à voir avec le sujet du topic mais c'est un court que j'aime bien...
Sinon, je suis loin d'avoir vu toute sa filmo nanarde mais si une bio du monsieur vous intéresse pour le site, je peux m'en charger !