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Gangland 2010, les barbares de l'apocalypse
Genre : tout est dans le titre !
Année : 2000
Pays : Etats-Unis
Réalisateur : Art Camacho
Acteurs : Costas Mandylor, Sasha Mitchell, Kathleen Kimont, Vincent Klyn, David DeFalco
Alors que Nanarland s'achemine doucement vers sa 300e chronique, Une question angoissante et lancinante tenaille le nanardeur : Et si un jour, tout s'arrêtait ? Et si un jour le libéralisme à tout crin des multinationales l'emportait, et si un jour la folie des gouvernements du monde les entrainait inéluctablement vers un dramatique point de non retour ?
Et si un jour, il n'y avait plus de nanars ?
C'est un fait que la plus grande partie des films chroniqués sur le site a été réalisée dans les années 1970 ou 1980 et la question se pose de savoir si l'industrie actuelle du cinéma, plus concentrée que jamais, est encore capable de produire des nanars de la trempe d'une "Chevalier du monde perdu" ou d'un "Après la chute de New-York".
La réponse est oui, pour notre plus grand plaisir. Grâce au DVD, il redevient rentable de produire des films d'action à petit budget qui, à défaut de sortir en salles, pourront être vendus aux chaines du câble américain et par la suite trouveront leur public dans les vidéoclubs.
Sorti en 2000, Gangland 2010 est typiquement issu de cette filière et constitue clairement l'un de ses plus beaux fleurons. Nanar de poids, il mélange le post-apocalyptique traditionnel (tendance urbaine) avec le film de kickboxing pour un résultat particulièrement jouissif dont la bourrinade assumée n'excuse pas la crétinerie patentée.
L'univers de Gangland 2010 ne se distingue pas par son originalité, ce qui n'est pas forcément un mal. Après une Troisième Guerre mondiale, les voies de communication aux Etats-Unis sont coupées et les gangs sèment la terreur dans les villes et sur les routes tandis que le gouvernement et l'armée se débattent pour rétablir l'ordre. Parallèlement, s'est développée pendant la guerre une maladie mortelle et extrêmement contagieuse, la Peste. Tout cela comme il se doit nous est raconté par une voix-off sur fond d'explosions nucléaires.

Cette fois c'est sûr : l'apocalypse est passé par là !
La scène d'introduction du film est une pure tuerie nanarde, mettant en scène un double caméo de Ice-T et Coolio qui incarnent deux policiers en patrouille. Ils tombent sur les cadavres d'un couple tués par la Peste. Alors qu'Ice-T commence à peloter la femme (A peine croyable : 2 min 45, déjà le premier des nombreux plans nichon du film ; rappelons que le record est détenu par Mauvaise Fréquentations avec un premier plan nichon à la 18e seconde, mais là il faut tenir compte en plus du speech de deux minutes en voix-off), Coolio se rebiffe et les deux hommes sont à deux doigts d'en venir aux mains. Je ne dévoilerai pas la suite de la scène pour garder la surprise, mais sachez qu'elle est digne des meilleurs.
Ice-T prend son pied en tripotant une macchabée...
Le scénario raconte l'affrontement de deux hommes et une femme, Jared, Derek et Alex contre le gang d'un certain Lucifer. L'enjeu est de taille puisque Lucifer a également capturé un chercheur, le docteur Adams qui a mis au point un remède à la Peste. Des flashbacks successifs nous apprendront que les trois héros ont par ailleurs chacun une raison personnelle d'en vouloir à Lucifer.
La fine équipe au grand complet : de gauche à droite, Alex, Jared et Derek.
Comble de la misère : le Dr Adams a été forcé d'installer son labo dans son séjour.
Ce très court résumé est très loin de rendre honneur à la stupidité abyssale du scénario qui enchaine les incohérences, les faux-raccords et les ellipses approximatives, est truffé de scènes sans queue ni tête et surtout sans aucun rapport avec la trame principale et n'hésite pas à faire sortir du néant des éléments et des personnages pourtant cruciaux au bon déroulement de l'histoire.
Le meilleur exemple, c'est très certainement l'arme secrète de Lucifer, le "super-soldat" gonflé aux amphétamine qu'il semble sortir de son chapeau magique. Nous ne lui en tiendrons pas rigueur toutefois tant le quotient nanar de cet universal soldier de prisunic est élevé.

Michael Feichtner, inconnu au bataillon
Les scènes de bagarre sont incontestablement le point fort du film : elles sont plutôt bien chorégraphiées, et les acteurs sont visiblement dans leur élément. On n'en dira pas autant des fusillades qui sombrent totalement dans le ridicule. Les personnages semblent n'avoir pas assimilé les concepts les plus basiques comme "viser" ou "se mettre à couvert". Lors d'une scène mémorable on verra un ganglander rater les deux héros à 1 m 50 au fusil à pompe.
Un garde très occupé à ne se douter de rien

Un grand classique : le figurant qui s'écroule une bonne seconde après avoir été touché.
Les acteurs ne sont pas en reste. S'ils se débrouillent plutot bien en kickboxing, on ne peut pas en dire autant lors des scènes de dialogues. La révélation du film et mon coup de coeur personnel, c'est David DeFalco, acteur, producteur et scénariste du film. Il joue Damien, le bras droit de Lucifer et nous offre un véritable one-man show. Ce qui frappe en premier lieu, c'est son look incroyable avec sa queue de cheval de winner (la mullet du 21e siècle !) et son justaucorps "plus seyant tu meurs". C'est lui qui est chargé de se débarasser des héros. Exemple emblématique de la confusion totale qui domine le scénario, à trois reprises Lucifer menacera de l'éliminer s'il échoue, à trois reprises il se plantera lamentablement et à trois reprises Lucifer décidera de lui donner "une dernière chance".
Illustration parfaite du foutoir complet qui règne dans le script, cette blonde sort de nulle part, sauve le héros puis retourne dans le néant sans qu'on apprenne jamais qui elle est ni d'où elle vient. Cela nous vaudra cette réplique superbe :
-Qui es-tu ?
-Ce n'est pas important
Alors qu'il a le dos au mur, on verra Damien s'équiper pour aller se charger personnellement des trois trouble-fête dans une très courte séquence rappelant "Rambo 2" et qui concentre en quelques secondes un taux de nanardise à peine imaginable. Sa mort dans une explosion de caravane est également un très grand moment renforcé par un doublage à son meilleur niveau.

Damien se prépare au combat !

Le top de la classe : les bretelles qui passent pile-poil sur les tétons


En fait autant que l'acteur je crois que c'est cet hallucinant justaucorps flottant qui me fascine. Et encore là il faut imaginer ça passé au ralenti et avec des grognements nanars.

De face ou de dos, c'est pas mieux...
En tant que nanar, Gangland est particulièrement agréable par son rythme et sa régularité. Il n'y a pas vraiment de temps morts, même si le premier et le dernier quarts d'heure se distinguent tout particulièrement.
Après avoir libéré le Dr Adams et sa famille, les trois héros s'enfuient poursuivis par Damien lors d'une scène exceptionnelle au cours de laquelle David DeFalco se déchaine dans un festival de grimaces de rage et de justaucorps flottant. Derek est tué mais ses deux compagnons parviennent à lui échapper. Ils seront rattrapés dans une ville fantôme de la vallée de la Mort où ils affronteront une ultime fois le gang de Lucifer. Celui-ci que l'on croyait mort refait alors surface, fait feu de son six-coups à dix-neuf reprises (!!!) et parvient pourtant à rater ses adversaires à deux mètres avant de finalement être tué par une injection massive de Peste.
Le final voit Jared et Alex s'éloigner en voiture sous le regard du super-soldat, qui passait là par hasard...


Au final un très bon nanar largement du niveau à mon avis des meilleurs post-apocalyptiques et la preuve, s'il en fallait, que le nanar a encore de fort belles années devant lui.
note : 3.5/5
Dans notre série "le scénariste boit", aujourd'hui le Dr Adams, 70 ans aux prunes, tabasse un ganglander grâce au kickboxing.
Pour la cote de rareté : un DVD facile à trouver est sorti aux Etats-Unis et probablement au Royaume-Uni et comporte des bonus étonnament interessants pour une production de ce calibre, avec filmographies et interviews du réalisateur et de la presque totalité du casting ainsi qu'un petit making-of portant essentiellement sur les scènes de combat. On a presque honte d'en rire en entendant l'équipe du film parler du tournage avec une fierté et un plaisir visibles.
Je l'ai aussi déjà vu en vidéo en France mais je n'ai pas noté alors le nom de l'éditeur.