http://www.nanarland.com/Chroniques/Mai ... canwarrior
La réalisation des films de Ninja ne se limite pas aux Godfreyries Harrissoniennes, certes très drôles, mais peu flatteuses pour l'art du Ninjustsu. Non, certains ont préféré abordé ce sujet de manière plus sérieuse, plus éducative, mais sans renier le côté ludique que se doit de posséder tout bon film de divertissement. Sam Firstenberg est de ceux-là.
De son vrai prénom Shmulik, Samuel Firstenberg a quitté la Pologne très jeune pour venir commettre ses méfaits cinématographiques aux USA. Au début des années 80, il se décide à surfer sur la vague Ninja qui ébranle alors le milieu du film d'action américain. Il s'essaie à ce genre en réalisant en 1983
Ninja II aka
La revanche du Ninja, ainsi qu'en 1983
Ninja III The Domination, tous deux très bons nanars avec l'ineffable Sho "je fais jouer mes enfants dans mes films" Kosugi en vedette.
Seulement voilà, difficile pour les jeunes américains blancs friands d'action et d'hommes en noir de s'identifier à un héros Ninja niakoué. Trop bridé !! Sam se pose deux secondes, réfléchit un peu, et se dit : "et
si le héros Ninja était américain ?". Bingo ! En plus, le patriotisme, ça marche bien au niveau marketing. La Cannon, toujours prête à financer n'importe quoi, donne son feu vert, et histoire de bien enfoncer le clou, on décide logiquement de nommer le film
American Ninja.
Il s'agit alors de trouver les acteurs acceptant de se compromettre dans cette production. Pour jouer le Ninja américain, il fallait quelqu'un qui ait du charisme, qui sache faire passer ses émotions à travers un regard, capable d'interpréter toute la dualité du Ninja occidental, ce choc entre deux cultures extrêmes, le tout avec des qualités physiques dignes d'un véritable athlète. Choix difficile car à l'époque, les Stallone et consorts font la fine bouche. Voyant le désarroi de Sammy, Menahem Golan lui souffle un ou deux conseils :
-"
Tu sais, quand j'ai réalisé Enter the Ninja, j'ai repéré un figurant qui portait très bien la cagoule, je vais te le présenter ; en plus, vous allez bien vous entendre parce qu'il est Russe comme toi"
-"
Mais moi je suis Polonais"
"
Oui, oui, bien sûr, tout ça c'est pareil, c'est bonnet rouge et rouge bonnet".
Et c'est ainsi que Michaël Joseph Stephen Dudikoff put enfiler sa tenue noire une nouvelle fois, mais rêve américain oblige, pour tenir le premier rôle ce coup-ci.
Le Film
Le pitch est simple : Joe Armstrong (Joe Brasfort, incarné par le monolithique et dyslexique Michaël Dudikoff) est un militaire au passé mystérieux, amnésique de son enfance. En poste au Philipinnes, il va être confronté à une organisation internationale de vendeurs d'armes équipée en armée Ninja, et qui se fournit auprès de l'armée. Il devra accomplir sa quête de purge militaire accompagné de son fidèle Curtis Jackson (Steve James dans ses début de second couteau).
Grand jeu : ami lecteur, sauras-tu retrouvé Michaël Dudikoff sur cette photo ? (Réponse à la fin)
Film d'action typique des produtions Cannon, American Ninja nous permet d'apprécier une autre forme de deux en un. On y mélange allégrement un style classique d'action opposant militaires yankees et rebelles basanés dans les jungles des Phillipines, avec un style plus moderne de films de Ninjutsu.
Avec l'aide d'une bonne réalisation, American Ninja développe une approche informative du Ninjutsu en employant à travers tout le film une quantité incroyable d'armes Ninjas différentes, au point que ça en devient ridicule, chaque sous-fifre Ninja ayant sa spécialité (évidemment insuffisante face aux simples poings de notre héros).
On est mis dans le bain dès le début du film par l'attaque d'un convoi militaire par de vils rebelles, le tout rapidement saupoudré de crème de ninja passant à l'action dans un déluge de shurikens, katana, et autres chaines assassines. Les Ninjas sont en noir (ça tape), le chef Ninja a le nez qui dépasse de sa cagoule (ça tape pas) ainsi qu'une petite étoile noire dessinée sur la joue. C'est normal, c'est
Black Star Ninja !!
Avec sa cagoule........................................................................................................................Sans sa cagoule
Cette intervention permet à notre héros de s'illustrer en bottant un ou deux derrières et de poser ainsi les deux camps : les méchants Ninjas, et le gentil Michaël. Et que l'on ne s'inquiète pas, on voulait un film d'action, et bien le client va être servi. Du début à la fin, les séquences baston s'enchainent régulièrement, entrecoupées d'un peu de scénar, ce jusqu'au final apocalyptico-orgasmique.
Michaël prouve au Méchant Ninja qu'il est plus fort qu'une flèche
Michaël Dudikoff nous offre autant d'expressions qu'un bloc de béton, avec à son actif deux visages différents : le visage de base (95% du temps) et le visage souriant (5%). Pour renforcer cette large palette d'acting, il bénéficie d'autant de dialogues qu'un autiste sous hypnotiques (il ne parle pas avant 15 minutes de film, puis il faut attendre de nouveau 10 minutes avant qu'il n'ouvre une seconde fois la bouche). De toutes façons, pas besoin de parler pour se faire des copains de régiments, il lui suffit d'en bastonner un ou deux pour montrer qu'en fait, il est sympa et qu'au fond de lui, il a un coeur gros comme ça.
Avec un seau sur la tête, c'est encore plus humiliant.
Michaël sait nous ravir en esquivant des balles à bout portant ou en arrêtant des flèches à la main ou à la pelle. Il détourne des camions à coup de crochet, fait des cascades en moto rouge, s'accroche à des hélicos, joue les Yamakasis, mais conserve toujours son brushing et son visage fixe, bref, c'est lui le Héros.
Le Héros a enfilé sa tenue de travail
Heureuseument, pour ne pas que l'on s'ennuie trop en pensant regarder un documentaire sur la vie d'un paralytique faciale muet, Sam Firstenberg accole à Michaël des partenaires de jeu à l'opposé de son style.
Tout d'abord l'héroïne, fille de général, hystérique et inconsciente qui passe son temps à brailler et à se plaindre de tout (comme par exemple de l'état de ses chaussures et de ses cheveux alors qu'elle est poursuivie par une horde sauvage de Ninjas). Son rôle est digne des pires filles à papa pourries gatées, mais elle est là pour montrer que Michael est un être humain et que tout aussi mystérieux qu'il est, il a des sentiments (ou tout du moins des pulsions). De plus, il est toujours bon pour le scénariste de faire enlever la copine du héros pour le motiver un peu dans sa tâche.
Puis, ce sera au tour de l'excellent Steve James de prendre le relai et de parader en blaguant et en prenant sa tronche de black sympa. D'abord hostile (c'est lui le héros du régiment), il devient bien vite l'inséparable ami de Michael prêt à tout pour cet inconnu (ah, une bonne raclée humiliante devant tout la compagnie, ça remet les idées en place). Il joue ainsi une sorte de porte-parole de Michaël Dudikoff en s'exprimant pour lui au cours des phases d'enquête du film. Et s'il n'est pas lui-même Ninja, il en connait quand même un rayon sur le sujet, et ne sort jamais sans sa sulfateuse. y'a pas à dire, je trouve que la présence de Steve James au casting est un gage de qualité tant il égaie les films avec ses grimaces et ses petites phrases qui font mouche.
Steve James mitraille à tour de bras..................................................................Copains comme cochons
Shinuyi est interprété par John Fujioka, un habitué du genre (et qui pour la petite histoire avait déjà rencontré Black Star Ninja aka Tadashi Yamashita dans The Octagon, plus connu chez nous sous le titre
La Fureur du Juste, avec Chuck Norris). Il incarne ici le maître mutique de Michaël (on comprend maintenant pourquoi celui-ci parle aussi peu), reconverti dans l'art floral ikebana chez le méchant depuis la disparition dans la jungle de son élève (faut bien vivre). Il n'est là que pour rappeler à Michael en 1 minute chrono qu'il a été élevé à la Ninja (technique flashback, très rapide pour booster un perso), puis meurt histoire d'énerver le héros. A noter une référence au Maître Godfrey avec une séquence massacre de pastèques.
Shinuyi le jardinier en profite pour écouter l'air de rien les plans du méchant
Quel meilleur entraînement que de mettre à mort quelques pastèques ?
Le méchant vendeur d'arme est quant à lui, bien méchant, même s'il est Français et qu'il boit du champagne (allons enfants de la patrie, le jour de gloire...).
Le méchant Ortéga prend son petit-déj' au soleil
Les nombreuses scènes d'action offrent l'occasion aux dizaines de figurants perdus dans la masse (rebelles, Ninjas, militaires) de gesticuler ridiculement dans le fond dans l'espoir de nous faire croire soit qu'ils meurent dans une explosion (style je danse et tombe en amortissant tranquillement ma chute), soit qu'ils tirent à la mitraillette (style j'agite frénétiquement mon arme dans tous les sens) pensant sans doute qu'on ne s'en rendrait pas compte (c'est mal considérer l'oeil du nanardeur averti). Et je peux vous garantir que c'est fourni, chaque bataille comportant son lot d'andouilles d'arrière-plan apportant incontestablement un souffle nanar sur tout le long du film. Spéciale dédicace au cascadeur qui, touché par une rafale de balles de l'ami Steve James, enjambe la barrière du balcon dans la direction de la caméra pour tomber sans se faire mal 60 cm plus bas dans les fourrés.
Max Thayer a gentiment prêter son Laser Force pour le final
La meilleure reste tout de même la bataille finale qui nous offre un rassemblement pèle-mèle de toutes les forces présentes dans le film, à savoir des affrontements de Ninjas gentils VS Ninjas méchants, de militaires VS rebelles, d'un duel hilarant Michael Dudikoff VS Black Star Ninja (obligés pour l'occasion de refaire tout le parcours du combattant Ninja), le tout mixé en un foutoir pas possible digne d'un Turkish Sar Wars light.
Un véritable Predator ce Black Star Ninja !!
Le film accumule les clichés du genre, Sam Firstenberg ne pouvant s'empècher d'appliquer les recettes qui marchent. Le Japon est à la mode ? Alors vazy que je te refourgue un max de trucs nippons en mélangeant allégrement un peu de tout (Black Star Ninja aurait suivi la voie des ténèbres en trahissant le code du Bushido ; rappelons qu'historiquement, les Ninjas sont des assassins qui travaillent pour qui peut les employer, et que le Bushido est la voie du Samurai, guerrier noble).
Une prise Ninja qui déforme horriblement le visage de l'héroïne
Sammy se fait aussi plaisir en filmant des camps d'entraînement Ninjas multicolors où le méchant maître Ninja ne peut s'empècher de tuer ses propres hommes lors des démos, histoire de prouver son utilité à son employeur (pourquoi tant de haine ?). Les Ninjas peuvent s'y entraîner à sauter au trampoline tout en étudiant le poster géant d'un squelette humain.
On s'entraîne au rythme des tambours.............................................................................. On se croirait en cours d'EPS !!
Et un et deux, et un et deux, allez du nerf les filles, on va les perdre ces kilos en trop !!
Jeux au grand air pour Ninja.....................................................................................Qui qu'a piqué les balançoires, les gars ?
On ne s'ennuie pas un instant, les acteurs sont tous bien sympathiques (avec une mention à Steve james), les Ninjas surgissent pour notre plus grand plaisir très régulièrement avec leur cortège de camp d'entraînement et d'armes en tout genre, les incohérences sont nombreuses, la musique est dans la veine des productions Cannon habituelles (vive le synthé !!), et on conserve ainsi la banane aux lèvres pendant 1h30.
Au finale, American Ninja est un bon nanar, initiateur d'une saga incontournable pour qui aime les ninjas.
Allez, quatre affiches en rab !!
On y a même le droit en Russe : Amierikanskï Ninazia (avec Maïkl Doudikoff)
Et pour Noël, n'oubliez pas d'offrir la figurine Joe Armstrong :
A bientôt, pour la chronique de American Ninja 2.
Réponse au jeu :
Il était là, enfin !! On sent l'éducation Ninja...
American Ninja
Année : 1985
Pays : USA
Réalisation : Sam Firstenberg
Genre : American Ninja
Catégorie : Action/Ninja
Avec Michael Dudikoff, Steve James, Judie Aronson, Guich Koock, Johhn Fujioka, Don Stewart, Tadashi Yamashita
Note : 3.5