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Le deuxieme souffle - Alain Corneau - 2007
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Auteur:  Johnny Bigoude [ 28 Oct 2007 13:29 ]
Sujet du message:  Le deuxieme souffle - Alain Corneau - 2007

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Avec LE DEUXIEME SOUFFLE, Corneau revient au genre qu’il affectionne tant : le polar. Genre populaire et ultra-codifié s’il en est. Corneau le sait, bien sûr, et son but n’est pas de transcender ce à quoi il demeure si attaché.
Car s’il s’amuse avec une certaine finesse des codes du film noir (Michel Blanc qui fait de son interrogatoire un véritable monologue, tellement les témoignages qu’il s’apprête à recueillir sont prévisibles, ou encore demande à son adjoint de rester dans son bureau pendant qu’il interroge Monica Bellucci parce qu’il est « très décoratif »), LE DEUXIEME SOUFFLE est avant tout une déclaration d’amour.
Un amour pour le polar, ou plutôt pour LES polars. Il y a Melville, bien sûr, mais pas uniquement. De l’héroïne blonde et mystérieuse aux ralentis sur les balles qui transpercent la chair, Corneau passe par toutes les époques, englobe tous les styles disponibles au sein d’un même genre.
Ainsi, en très humble cinéaste et en cinéphile passionné, il cite autant les classiques que le cinéma plus moderne (il évoque lui même très volontiers les films de Johnnie To ou de Wong Kar-Waï).
Mais définitivement, c’est le cinéma de Peckinpah qui reste l’influence majeure de Corneau. Visuellement, bien sûr, mais tout aussi bien thématiquement parlant, LE DEUXIEME SOUFFLE se veut plus proche de LA HORDE SAUVAGE que du film de Melville.
Ce que LA HORDE SAUVAGE était au western, LE DEUXIEME SOUFFLE l’est au polar : le constat d’une époque qui change, une époque qui ne laisse plus leur place aux vieux de la vieille. Et l’idée de Corneau de raconter une histoire classique avec une mise en scène résolument moderne illustre de manière très pertinente ce changement. Changement des codes visuels et narratifs au sein même du genre, mais aussi changement des mentalités : les jeunes gangsters ont perdu la dignité qui caractérisait leurs prédécesseurs, car elle n’a plus sa place dans cette société de plus en plus policée (et ceci jusque dans les manières de la police elle-même, qui ne se contente plus du mutisme des bandits et n’hésite pas à employer la torture pour le faire disparaître).
Néanmoins, Corneau n’est pas aussi pessimiste que Peckinpah. La quête de ces vieux briscards (dont il fait partie au même titre que son personnage principal, Gu) n’est ici pas complètement vaine, et il leur laisse une chance, un espoir de laisser leur marque, leur empreinte, même si le monde dans lequel ils vivent n’est plus le leur.
Ainsi, la fin du DEUXIEME SOUFFLE est totalement en accord avec la démarche de Corneau et comme Gu, le cinéaste prouve de bien belle manière que si l’évolution est inévitable, les papys ont encore une pêche d’enfer et une rage solide. Pour Gu, cela consiste à conserver son intégrité et sa réputation par tous moyens, et pour Corneau, à faire des films, tout simplement. Car avant toute chose, LE DEUXIEME souffle est un très bon polar, sombre, âpre et violent, et qui fait passer un sacré bon moment. Et ça, c’est le plus important !

Auteur:  peter wonkley [ 28 Oct 2007 15:12 ]
Sujet du message: 

j'adore le melville

j'ai vu la bande annonce de celui la et ca me botte bien !

je vais essayer de me le faire dans la semaine

Auteur:  John Nada [ 28 Oct 2007 18:37 ]
Sujet du message: 

Je devais interviewer Corneau hier soir (samedi 28 octobre) aux Rencontres Internationales du Film de Beaurepaire et il s'est décommandé au dernier moment : son film, sorti mercredi, a tellement mal démarré qu'il est profondément déprimé...

Je trouve que le film a été très mal vendu : la BA est RI-DI-CULE, montage speed des (rares) scènes d'action du film, dont l'intérêt réside ailleurs. Quand j'ai vu la BA, j'ai vu Daniel Auteuil faire du sous-Chow Yun Fat (avec un flingue dans chaque main au ralenti) et je me suis dit "oulalala, la bouse !". Et pourtant, malgré ses 2h40, le film est plutôt pas mal. Certes, Michel Blanc, bien qu'excellent, ne parvient pas à faire oublier l'éblouissante prestation de Paul Meurisse dans la 1ère adaptation de Melville en 1966 ; Daniel Auteuil s'en sort honorablement pour succéder à Lino Ventura ; Dutronc est parfait... mais comme d'habitude Monica Belluci joue comme une endive, et Cantona campe sur le seul registre qu'il connaisse. L'intro ma fait peur (le saut d'Auteuil au ralenti est risible), mais ensuite c'est franchement intéressant au niveau de la mise en scène, de la photo, de l'ambiance etc. Le film aurait quand même gagné en rythme à être un poil raccourci je pense. En tout cas c'est dommage pour Corneau qui méritait mieux que ça. Pour lui comme pour le personnage de Gu joué par Auteuil, gangster sur le retour, ça devait être le "Deuxième souffle"... vu le bide que se prend injustement le film, ça risque de devenir "Le dernier souffle" pour Corneau.

Auteur:  Johnny Bigoude [ 28 Oct 2007 22:19 ]
Sujet du message: 

Moi je trouve pas que le film est trop long, chaque scène est à sa place.

Pour les acteurs, je pense que c'est là la grosse faiblesse du film : bien que tous excellents (en passant par Cantona et Ballucci, sisi), ils ne sont pas toujours bien dirigés, surtout dans la première du film. A près, ça va un peu mieux.

Quant à Corneau, il déprime ? Personne à son e-mail, que je lui écrive tout le bien que je pense de son film ? :-D

Auteur:  warakurna [ 29 Oct 2007 10:32 ]
Sujet du message: 

Vu hier. La mise en route est un peu laborieuse et on met bien 20 à 30 minutes à comprendre les motivations de chacun (je précise que je n'ai pas vu l'original de Melville). Ensuite tout s'enchaîne en suivant une trame très fidèle aux règles du film noir, ce qui rend l'histoire un peu prévisible sans que ce soit finalement vraiment gênant.

La mise en scène est classe et il y a un beau travail sur les couleurs.

Quant aux acteurs, ça va du très bon (Michel Blanc) au très mauvais (Bellucci, qui joue vraiment comme une savate) en passant par le très correct (Auteuil).

Auteur:  John Nada [ 29 Oct 2007 13:14 ]
Sujet du message: 

warakurna a écrit:
Vu hier. La mise en route est un peu laborieuse et on met bien 20 à 30 minutes à comprendre les motivations de chacun (je précise que je n'ai pas vu l'original de Melville). Ensuite tout s'enchaîne en suivant une trame très fidèle aux règles du film noir, ce qui rend l'histoire un peu prévisible sans que ce soit finalement vraiment gênant.

La mise en scène est classe et il y a un beau travail sur les couleurs.

Quant aux acteurs, ça va du très bon (Michel Blanc) au très mauvais (Bellucci, qui joue vraiment comme une savate) en passant par le très correct (Auteuil).


Absolument d'accord sur tous ces points. A noter qu'au vu des réactions que j'ai pu recueillir auprès de collègues, ceux qui n'ont pas vu la version de Melville ont tendance à mieux apprécier la version de Corneau que les autres, n'ayant pas de point de comparaison.

Ce qui est marrant aussi, c'est de considérer que les scènes de gun-fights font un peu penser à du Johnny To (plus qu'à du John Woo), ces 2 réals hongkongais revendiquant fortement l'influence de Melville, Corneau étant aussi considéré comme "le successeur de Melville" depuis ses premiers succès dans le genre... ces échanges d'influences, c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Je dis ça sans critiquer : à aucun moment ça sent le gros pompage ou le "sous-untel" (contrairement à ce que la BA m'avait laissé penser).

Auteur:  Johnny Bigoude [ 29 Oct 2007 14:44 ]
Sujet du message: 

Oui, completement d'accord, LE DEUXIEME SOUFFLE n'est pas un plagiat, c'est un hommage.

Et moi je trouve ça plutôt humble pour un vieux de la vieille comme Corneau de rendre hommage aux plus jeunes, de montrer qu'il est respecte leur boulot et qu'il est autant influencé par les films récents qu'il voit que par d'autres, plus classiques et reconnus (parce que faut le dire, Johnnie To n'a pas encore la réputation d'un MElville).

Auteur:  Max Schreck [ 29 Oct 2007 19:20 ]
Sujet du message: 

Le visuel consensuel et fourre-tout de l'affiche m'a consterné, l'esthétique suggérée par la bande-annonce m'a horrifié, un ratage de séance m'a malgré tout amené à le voir.

Ce choix d'une photographie (Yves Angelo) dominée sans raison par les rouges et les verts vifs, l'exubérance des décors, le soin vraiment poussé accordé aux costumes, tout ça aboutit finalement à créer un univers complétement artificiel, comme un autre monde vivant en vase clos, ce qui n'est pas totalement déplaisant si on accepte ce parti-pris. J'ai accepté. J'ai moins apprécié certains choix de mise en scène. Loin de moi l'idée de vouloir apprendre son métier à Corneau, j'ai trouvé qu'il se complaisait parfois sur des effets inutiles, comme s'il s'agissait juste de profiter de la moindre scène un peu complexe en mouvement pour faire du style. Cela témoigne tout de même d'une méticulosité plutôt respectable mais qui laisse l'impression un peu désolante que la réalisation manque de sens. On dirait notamment qu'il s'amuse à filmer les impacts bien gores des balles sur les corps, juste parce que la technique le lui permet (et c'est systématique). C'est spectaculaire certes, mais ça devient finalement moins violent que s'il était resté dans le hors champ.

Malgré ces réserves tout de même importantes, j'ai passé un bon moment. Je pense qu'on a là un des rares cas de film sauvé par son scénario. Le roman de Giovanni et l'adaptation faite par Corneau s'avèrent en effet proposer une histoire suffisamment forte, belle et dense pour captiver. Le périple de Gu Menda est une véritable tragédie, l'histoire d'un destin dans une impasse, et l'enchaînement de péripéties, la façon dont le cercle se referme autour de lui, tout cet effort pour s'arracher est rendu de manière aussi époustouflante que dans la version de Melville. Les dialogues sont très écrits, avec un petit florilège d'argot, mais les acteurs s'en sortent plutôt pas mal, et on échappe de peu au piège du défilé de stars, le film étant suffisamment long pour laisser à chacun d'eux du temps pour exister.

Je retiens particulièrement Michel Blanc (qui ne fera cependant pas oublier la fabuleuse prestation de Paul Meurisse dans le même rôle), Philippe Nahon, Daniel Duval et Gilbert Melki. Daniel Auteuil est absolument impeccable et parvient brillamment à faire croire à son personnage, un homme du passé qui a soif d'absolu et voit autour de lui se déliter le code d'honneur du bandit qu'il est. Le voir dans ses moments de panique, de professionnalisme, nous convainct sans problème de son épaisseur et c'est vraiment dans la caractérisation de ce personnage que réside le meilleur du film. Et puis le score de Bruno Coulais est franchement remarquable, assez ample et majestueux.

Au final, on a donc un polar ultra friqué qui pèche souvent par excès de zèle, mais doté d'une histoire qui n'a rien perdu de sa superbe.

Auteur:  JollyRoger [ 30 Oct 2007 9:59 ]
Sujet du message: 

Vu hier et impression au final mitigé. Je n'ai pas vu l'original et mes critiques rejoignent ce qui a pu être dit précédemment. J'ai vraiment eu l'impression, surtout pendant la première partie, vraiment désastreuse, d'assister à une sorte de BD sur grand écran, avec des tonalités jaunes moches, bref ça sonnait terriblement faux. Pour moi c'est principalement ça le problème du film, il s'attache tellement aux codes classiques du polar qu'il flirte en permanence avec l'artificiel et le faux, pas aidé par sa photo qui au risque de me répéter n'apporte franchement rien. Du coup quand les acteurs sont bons ça donne un relief très intéressant et de très bonnes scènes (avec Blanc, Auteuil, Melki...) et un certain plaisir de revoir une époque finalement pas si souvent reconstituée dans un polar moderne et où toute la mythologie liée à l'honneur est encore crédible. Par contre dès que le jeu d'acteur faiblit avec par exemple Belluci, trop souvent présente, le film retombe dans la sensation de faux et d'artifice. Au final l'impression donc d'alterner en permanence entre le très bon et le mediocre, le crédible et le toc, on rentre dans le film mais on en ressort trop souvent...

Auteur:  Duarcan [ 01 Nov 2007 18:48 ]
Sujet du message: 

Personnellement, j'ai vraiment adoré ce film. bizzare, pour ma part je ne le trouve pas trop long, je veux dire quelles corneau aurait pu couper , je vois pas bien...
J'ai beaucoup aimé les couleurs avec des passages entiers dans des teintes de rouge par exemple. Et quel plaisir de voir un film avec des acteurs qui savent jouer et dégager des émotions!
Perso, j'ai aussi particulièrement aprrécié le soin apporté aux dialogues, dont certains m'ont fait enormément penser a Audiard et aux tontons flingueurs (Blanc tout particulierement).
Pour moi, ça a été la surprise de l'année, le meilleur polar français depuis les tontons flingueurs! 8)

Citer:
son film, sorti mercredi, a tellement mal démarré qu'il est profondément déprimé...
Zut , je penserai qu'il marcherait bien, dommage que les bouses marchent mieux que les bons films ces temps-ci... :cry:

Auteur:  peter wonkley [ 01 Nov 2007 20:41 ]
Sujet du message: 

j'ai beaucoup aimé aussi !

juste un anachronisme marrant, sur le port de marseille les 3/4 des habitations ont des volets roulants avec leur coffre motorisés :-D

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