Bon, piqué au vif par le dernier post (oui je suis un gauchiasse doucement wokiste pour qui a une fenêtre d'Overton dévariée), j'ai vu Citizen Vigilante, ou Vigilante Citizen, enfin le Batman, ou le Punisher, ou le New York Ninja d'Uwe Boll. Je me suis même permis le Grand Chelem, en allant voir ensuite des vidéo de débrief sur YouTube par quelques influenceurs pour qui le terme "modération des propos" n'est pas forcément l'apanage (vous savez, les ouin ouin qui hurlent à qui mieux mieux en permanence qu'on peut plus rien dire le wokisme tout ça). Puis j'ai eu la nausée, la gerbe, la chiasse et j'ai saigné des oreilles.
Je trouve cette époque sociologiquement fascinante...
...
Humainement, elle est à gerber.
Commençons par la forme.
Je dirai tout d'abord que c'est, techniquement parlant, sûrement ce que Uwe Boll a sorti de mieux. On a là un caca euh un film assez correct, on est loin des "je teste un truc" apocalyptiques de House of the dead, ou de Alone in the dark. C'est finalement assez sobre, à part quelques effets shaky cam hyper cuttés pour donner du peps à l'action à de rares moments. C'est propre et sans saveur, on sent qu'il ne prend aucun risque là dessus, aucune initiative, aucune patte personnelle. Bref ça n'a aucun goût, c'est un topinambour fait film. Par contre la musique, enfin la bande sonore, vous donnera vite envie de vous arracher les oreilles et de mordre dedans pour faire passer la douleur auditive.
Quelques effets pratiques montrent encore la pingrerie du réalisateur, ou son incompétence, ou les deux (la tête qui explose sous l'impact de balle, c'est juste dé-geu-lasse comme c'est mauvais).
Grosso modo, le film m'a fait penser à une bouillasse mêlant Taken, Invasion USA (pour le côté Droopy le téléporteur) et NY Ninja.
Le film est par contre très étrange dans son découpage. Les scènes restent très courtes, et souvent sans rapport direct de l'une à l'autre. On a du mal à savoir si on suit le film chronologiquement ou si le découpage proposé a un sens précis.
Autre chose fascinante, j'ai l'impression que l'acteur principal essaie pendant tout le film de singer Michael Fassbender. Mais ça marche pas.
Bon, ben le fond, puisqu'on est là pour ça...
Ce film, c'est un bingo de tout. Uwe Boll a vu Dirty Harry, le Justicier dans la ville, Taken, Parole de Flic, puis toute l'évolution en file indienne des films de Self Made Justice, et il a dit "ah, allez, il manque un étage". On amalgamme tout. L'immigration, les violeurs, la justice défaillante, la violence urbaine, les terroristes, la police qui fait pas son travail et qui fait rien qu'à tracasser les bons citoyens.
Tout part d'un postulat de base. Si la justice ne vous a pas été rendue, et qu'on vous propose à la place de vous venger, l'accepteriez vous?
Le film suit la trajectoire, en cours de route, d'un type qui a fait du business dans l'immo, ancien soldat, et qui voit que la civilisation occidentale périclite, sous la charge d'une immigration non reconnaissante, d'une justice qui protège les violeurs, et de gamins qui se tiennent pas à carreaux en présence d'adultes.
Oui, dès le premier quart d'heure, le "héros" fait la morale à un groupe de jeunes dans un bus qui refusent de payer leur tickets, on est partagé dans cette situation, hein, on a bien envie qu'ils se prennent deux claques ces ptits branlos, non? Mais là , ça sent le vieux boomer qui se mêle de tout, et qui dit aux jeunes de changer, sinon c'est comme ça que la société se casse la gueule, et qui, quand ils l'envoient chier, se mets à gueuler "respectez mon autorité!!" en sortant son flingue sous leur nez (je paraphrase la scène, car dans le film il leur fait la morale, leur fait les gros yeux, et quand il voit qu'ils s'en foutent, sors son flingue discretos pour leur dire qu'ils ont eu la chance qu'il était dans un bon jour). Et c'est représentatif de ce genre de film qui se dit "cathartique" : il regarde la surface du problème, et étête les petites crètes, sans traiter le problème de fond.
Pire encore, à la différence de beaucoup de Vigilante Movies (qui savent quand même, au delà du côté jouissif de voir des méchants se prendre des mandales juste parce qu'ils sont méchants, rappeler que le héros, en choisissant ses combats en dehors des règles sociétales, peut déraper et aller au delà d'une punition "raisonnable", et donc partir dans une vendetta incontrôlable et égoïste, voire une folie homicide), ce film est clair sur son sujet. Le Vigilante est un héros, tuer les méchants, c'est juste ce qu'ils méritent, et si vous n'êtes pas d'accord, allez l'expliquer aux jeunes victimes de viol.
à ce propos, je vous suggère de vous pencher sur le Comics "Bienvenue Franck"
une aventure du Punisher qui explore l'interstice ténu entre Vigilante et psychopathe,
à travers le suivi de trois imitateurs de Franck Castle
un autre très bon Punisher, LA FIN, histoire de comprendre que
faire vivre un Vigilante demande à se plonger dans une
psyche complexeOui, Monsieur Boll, ça fait chier, ces ptits cons dans le bus, qui n'ont aucune éducation, et qui ont l'effronterie de regarder le monde moderne en face et de sortir une oreille du rang au lieu de suivre les rouages bien huilés qui feraient que la société pourrait tourner rond, si chacun restait à sa place. Bon après, histoire de donner du crédit au Vigilante, qui repasse pas loin des petits cons, ceux ci s'en prennent à un gamin, harcèlement, frappe, humiliation, Batman arrive et leur casse les mains. Hourra pour lui.
Bon sérieux. Pourquoi cette scène ça passe avec Batman, et pas avec Uwe Boll.
Hypothèses :
- Batman a un bon fond
- Batman s'occupe généralement des gros poissons, et ce genre de scènes, c'est une ou deux vignettes dans le comics
- Batman vit dans un univers qui a complètement vrillé, où le niveau de violence est à des lustres du nôtre
- Batman sait que dans la police, il y a des gens bien
- Batman pète des gueules la nuit, mais Bruce Wayne aide du mieux qu'il peut aussi le jour (dons à la police, la justice, constructions, écoles et hôpitaux, etc)
- Batman est conscient que le système va mal, et ne s'arrête pas aux problèmes de surface
Dans ce film, on a quand même un "héros" qui tue des flics venus l'arrêter (bon c'est mérité, les flics ont été prêtés par Luc Besson selon toute apparence, ils se jettent tous comme des Lemmings dans une pièce contenant un caisson blindé duquel sortent deux mitrailleuses, et aucun n'a la présence d'esprit de faire trois pas en arrière), qui provoque un accident mortel pour illustrer un propos, tue un juge en simulant un suicide parce que son verdict n'était pas celui attendu, dézingue la famille entière d'un violeur acquitté, ainsi que ses potes. Scène particulièrement tendue, laissant sous-entendre que la mauvaise graine provient bien de quelque part, et qu'il faut couper le mal à la racine de l'arbre généalogique.
Et c'est là selon moi que se situe le noeud du problème, autant dans ce film que dans ceux qui l'acclament (Rotten Tomaoes : 6% pour les critiques, 93% pour le public). Ce film est un film fasciste, dans son sens le plus "pur". Droitard, anti-immigration, viriliste, pro-culte du corps, violent, patriarcal, anti-institutionnel, il met en avant un héros adulé sur tiktok. Les femmes le veulent toutes, car il saura les protéger, les hommes veulent le créer en série dans leur ville, leur pays, leur quartier, s'en inspirent, on a là un beau culte de la personnalité, avec un personnage au discours prônant l'autodéfense et le meurtre de ceux qui le méritent (il fait beaucoup de discours à ce propos), et plebiscité par la foule et les médias. A la fin, il invite carrément le peuple à le rejoindre dans sa quête de reconquête de sa liberté. Ah? on sonne à la porte, et on vient de me livrer un joli point godwin.
voilà, je le pose là. Il est pas choupi ?J'en veux pour exemple la scène de la prostituée : c'est quoi cette scène? A qui elle servait dans le film? J'ai cru au départ qu'il venait faire un repérage, histoire de casser la gueule des pimps, qui au moins ne l'auraient pas volé, mais pas du tout. Il vien consommer. Et la scène prend un envol complètement improbable. Bon, on sent surtout que Monsieur Boll se fait plaisir en filmant avec beaucoup trop de gourmandise des jeunes filles (très peu) vêtues de sous vêtements aguicheurs, dans un long traveling qui se voudrait moite et cru, et qui est juste beauf. Notre beau héros en choisit une, discute tarif, suit la fille dans la chambre, elle le déssappe, male gaze mascu sur le corps du mec (si si, les abdos saillants, la position épaules sorties, solide sur ses appuis, c'est du male gaze) et… s'ensuit une longue et gênante scène de baise (non j'ai pas d'autre mot, enfin si, mais y en a qui pourraient avancer que le tarif rend la fille consentante, et pis y en a qui aiment ça etc, bref,...), entrecoupée par un très beau coitus interruptus, lorsque le vigilante se rend compte qu'il y a des traces suspectes sur le mur!! Qu'est ce donc? des trous de caméras, des traces laissées par des installations bondages enlevées suite à de la torture malsaine? Ah ben non, c'est juste du moisi. Alors il se lève, inspecte les traces, et il fait la leçon à la fille qui a l'outrecuidance de pas ouvrir la fenetre de sa piaule de misère lorsqu'elle prend sa douche, comme quoi c'est lui le proprio de l'immeuble, alors si elle pouvait en toucher deux mots au gestionnaire pour qu'il fasse les travaux nécessaire, elle serait mignonne (puis il termine rapidos dans un râle grotesque de porc en rut, non vraiment merci pour la scène, je vais aller me laver les yeux, on aura vu des scènes moins glauques dans des films spécialement faits pour ça).
Enfin bon j'imagine que dans la cervelle pourrie du sieur Boll, c'est ce que font les vrais hommes (aparté : j'ai vu des reportages sur des virilistes qui refusaient de se palucher pour ne pas avoir de relation homosexuelle avec leur main,... et j'ai vraiment envie de faire fi du monde moderne, construire mon bunker et d'oublier tout ça) donc au final, on retient ici que les vrais mecs vont chez les femmes qui fument le long des murs, sans honte, elles sont là pour ça, pour qu'ils se vident, littéralement, et ils peuvent même se permettre un petit mansplaining (et une petite claque sur le cul pour dire "fin de la session"), car les vrais mecs restent en vigilance constante, afin de rester constamment dans le jugement d'autrui et la position dominante (j'ai encore envie de vomir…)
C'est une scène de domination. Le type se présente comme le logeur, il vient pour consommer, c'est lui qui dirige la baise, et il n'a juste besoin que d'une chose, jouir. S'il s'arrête en plein milieu pour se plaindre de l'état des murs, c'est normal, mademoiselle est un réceptacle (je cherche les mots les moins crades possibles, désolé) avec des bras et des jambes. Ici, l'esprit moral de l'esclavage sexuel, on en a mais tellement rien à foutre! Et dire que le propos du film, c'est la critique d'une justice à géométrie variable qui ne punit pas ce qui devraient l'être...
Non Monsieur Boll, je ne vous autorise pas à vous mettre en avant comme défenseur de victimes. Chaque victime d'agression a dû, doit, et devra sûrement ressentir, au fond de son cœur, pour une période qui peut être le reste de sa vie, un sentiment d'injustice, une envie irrépressible d'en appeler à une colère divine qui s'abattrai sur son ou ses agresseurs. Vous mettez en avant ce qui se fait de pire en qualité de faits de société, des actes barbares suivis de décisions de justice à côté de la plaque pour justifier votre propos. Mais ce que vous proposez là nous renvoie à nos pensées les plus abjectes, et les plus amorales. S'il est possible de remettre en question notre société, proposer le chacun pour soi comme bonne alternative, c'est catastrophique, et irresponsable.
C'est grâce à un contrat Social qu'on définit les règles morales de notre société. Sous couvert de rendre justice de manière plus efficace, vous proposez un monde où la morale sera celle du plus fort, où la peine de mort est autorisée, quel que soit votre niveau de culpabilité. C'est brutal, expéditif et ça ouvre la voie à une subjectivité qui donne froid dans le dos.
On parle beaucoup sur ce forum des "codes" du cinéma, qu'il n'y a pas qu'un code, qu'on en a quelques uns en France, certains hérités d'un siècle de cinématographie, certains empruntés à des cinémas occidentaux (généralement le cinéma USA). On peut se déporter un peu plus loin dans la monde et voir qu'au final la grammaire change en fonction du pays, du continent, de l'influence des voisins et des canaux aux plus grands débits. Mais je pense qu'on a là un objet représentatif (pas fondateur, car à mon avis on a un amalgame d'influences, entre le virilisme américain et les films bourrins d'Europe de l'Est) d'un nouveau type de cinéma qui va prendre de l'ampleur dans les années à venir, et qui est représentatif de notre époque. Une époque où les Etats redécouvrent leurs frontières, et développent une politique schyzophrène entre volonté conquérante du voisinage et protection contre les invasions (la seule exception étant l'import-export, parce que faut pas déconner, spice euh cash must flow). Une époque où les sphères d'influences ne se jouent plus aux meetings, dans les journaux à diffusion lente, ou même à la téloche, mais sur des canaux alternatifs, à accès rapide, jouant un matraquage d'informations aussi approximatives que subjectives, enfermant leurs récepteurs dans de véritables bulles de filtres.
Une idée très bien développée, déjà utilisée par Boll dans son Rampage 2 (le passage ou Uwe se met en scène dans la peau d'un producteur qui approuve en opinant du chef que les arguments dans le discours du terroriste sont tout à fait valables) : ici, on nous répète à l'envi les posts videos de followers du vigilante, qui louent ses actes, qui veulent l'inviter ou trouver équivalent dans leurs pays, ou (si si) de femmes qui se disent que c'est là l'homme idéal avec qui elles voudraient se marier. Rien que dans le premier quart d'heure, ça revient 3 fois au moins. A contrario, l'agent d'Interpol (cherchons pas, c'est la police internationale, allez, on va dire que c'est une convention de cinema...) n'arrete pas de se faire critiquer, car il devrait selon la populace foutre la paix au vigilante qui fait son travail à sa place. Dans le monde idéal d'Uwe Boll, vous pouvez mettre le contrat social à la poubelle, les lois et règlements cherchant le meilleur compromis possible entre liberté et égalité, la justice devient un élément "à la carte", et la loi du Talion devient valable si elle est suffisamment plebiscitée sur Tiktok.
Le Vigilantisme n'est qu'un champignon poussant dans une forêt pourrie. Le comics Watchmen (le roman graphique d'Alan Moore, pas le film de snyder) le représente très bien avec le personnage du comédien, qui a compris très tôt l'absurdité de ses actions. Invité dans ce nouveau groupe de héros motivés par la justice de quartier, il montre qu'il a compris que le problème principal est un problème de fond, et que tant que rien ne change en hauts lieux, les actions des Vigilante ne seront que des pansements sur une jambe de bois.

On peut rester avec alan Moore pour se tourner vers V pour Vendetta, un bouquin très cathartique, sorte d'anti 1984 jouissif (je recommande par contre là le film des Wachowsky, qui est très bien). On adhère plus à cette violence gratuite car on est plongé dans un monde où la violence s'est institutionnalisée, les actions de V sont donc un payback au nom de la liberté, une liberté qui se situe plus aux alentours de celle que l'on connait actuellement. Loin de là, Vigilante citizen utilise les zones d'ombres de notre société pour se hisser comme une alternative possible. Le film fait un appel à l'émotion pour flatter les instincts les plus bas de l'humanité, et retourne la table pour nous faire comprendre que la liberté, c'est le fascisme.
Pour finir, le film est assez révélateur d'une certaine complicité d'influenceurs d'extrême droite (même si eux ne le reconnaissent pas, mais certains discours ne trompent personne), qui ont su se jeter sur ce film avec délice, avec le même discours "oulàlà, j'ai vu un film de Uwe Boll, et j'aurais jamais cru dire ça, mais c'est pas si mal au final, et on ferait bien de s'en inspirer, et je comprends que ça puisse nous parler, vu la société pourrie dans laquelle on vit et certains wokistes vont encore me traiter de droitardé, mais que voulez vous, quand on est con...". Ce film vient les flatter, y trouve une chambre d'écho, une bulle épistémique, un regain d'énergie même et un sentiment d'espoir de lendemains qui chantent le Horst-Wessel-Lied.
J'en ai fini, je vais aller me laver les yeux au synthol, je ne vous le recommande pas, je sais qu'en disant ça, je continue l'effet Streisand dont a bénéficié cette merde, merci monsieur musk (la minuscule est à dessein), mais gardez vous en, vous perdrez 1h30, et gagnerez peut etre une gastro.