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 Sujet du message: Les Nouvelles Aventures de Tarzan - 1935 - Edward A. Kull
MessagePublié: 24 Avr 2026 20:28 
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Un excellent serial, beaucoup plus ambitieux que la moyenne. Tournage au Guatemala, avec beaucoup de figurants et des ruines mayas imposantes, ainsi qu'un vrai navire filmé en pleine tempête (pas une maquette) en guise de bouquet final épique. Les combats de l'homme-singe contre les fauves sont étonnamment réalistes (j'ai cherché les peluches et autres trucages, mais il semble qu'Herman Brix combatte des lions pour de vrai). Le dernier film Tarzan un tant soit peu fidèle aux romans avant Greystoke 50 ans plus tard. Tarzan retrouve donc son titre de Lord Greystoke, ses origines d'aristocrate anglais, est un homme cultivé, ne parle pas comme un attardé mental profond, porte aussi bien le pagne que le costume trois pièces, on retrouve aussi le lieutenant Paul d'Arnot et Nkima, le singe de Tarzan dans les romans (car Cheetah est en fait le nom du léopard chez Burroughs). Herman Brix est très convaincant dans le rôle titre. Petits bémols : le cri de Tarzan est un peu ridicule et le faire-valoir comique est particulièrement crispant. Evidemment, c'est raciste, mais au moins, les Indiens sont joués par de vrais Indiens. Du coup, c'est moins raciste que d'habitude. :-D

Au passage, il y a un beau travail d'ambiance pendant les séquences de sacrifices humains dans la cité perdue, avec le thème musical oppressant et fantastique et les beaux plans panoramiques plongeants mettant en valeur les décors et la figuration locale.

Ce serial fut coproduit par Edgar Rice Burroughs lui-même, qui rédigea une ébauche de pitch, en laissant la liberté aux scénaristes d'en tirer 12 épisodes. L'écrivain fut toutefois mécontent du résultat (bien qu'il s'agisse d'un des meilleurs serials de l'époque). Mais Burroughs fut toujours mécontent des adaptations filmées de ses livres. Boycotté par la MGM et leur vaste réseau de salles, le serial fut un échec commercial. Il ressortit trois ans plus tard en version ultra-condensé sous forme du long-métrage Tarzan et la Déesse Verte (également sorti chez Bach Films). D'après des avis lus sur la Toile, cette version film souffrirait d'un montage incohérent, ce qui n'a rien d'étonnant en charcutant un matériau d'origine de 257 minutes.

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 Sujet du message: Re: Les Nouvelles Aventures de Tarzan - 1935 - Edward A. Kul
MessagePublié: 25 Avr 2026 20:51 
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Docteur es nanarologie

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Je vois que c'est sorti en blu-ray, même si la qualité est variable, et à la merci de la qualité du matériau existant, pas restauré.

Intéressant, notamment la mention à la fidélité à l'œuvre d'origine, merci Jack.
J'ai même vu un test chez dvdbeaver.com (toi aussi ?), mais pour un coffret avec les autres serials, antérieurs.

Il est ressorti récemment à l'unité en BD-R (pas terrible), mais je ne sais pas si c'est restauré. La mention Newly Restored Archive Collection n'est pas une preuve irréfutable. :rigole:
https://www.blu-ray.com/movies/The-New-Adventures-of-Tarzan-Blu-ray/378606/#Review


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 Sujet du message: Re: Les Nouvelles Aventures de Tarzan - 1935 - Edward A. Kul
MessagePublié: 06 Mai 2026 14:07 
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Inscrit le: 24 Déc 2011 20:36
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Merci pour ton retour, Karate Ninja. :wink:

J'ai juste regardé le DVD sorti chez Bach Films, qui comprend aussi Les Aventures de Tarzan, un serial de 1921 adapté de plusieurs romans de Burroughs, et Tarzan et le Lion d'Or (1927) avec le propre gendre de Burroughs dans le rôle du seigneur de la jungle. :wink:

Je dois avouer avoir une véritable passion pour Tarzan depuis l'enfance. J'ai relu récemment plusieurs livres de la franchise, après les avoir découverts à l'âge de 13 ans. Ce sont de bons romans Pulp. Burroughs est un écrivain plein de contradictions. Ses oeuvres sont influencées par le darwinisme social et l'eugénisme en vogue à l'époque, et sont incontestablement racistes (comme peuvent aussi l'être les romans de Jules Verne ou de Jack London, tout progressistes qu'ils furent à leur époque), tout en émettant parfois des critiques de la colonisation (le premier tome a pour toile de fond les exactions du roi Léopold II dans l'Etat indépendant du Congo).

C'est un auteur tour à tour réac et "woke". Certains passages sont virilistes et machistes, et pourtant ses oeuvres sont remplies de femmes fortes et indépendantes, à commencer par Jane, femme d'une beauté à couper le souffle "dont l'intelligence n'a d'égal que le courage", qui apparait d'emblée comme pleine de sang froid et de ressources, et qui devient de plus en plus badass à chaque volume. Dans le premier, Jane ne panique pas, même face à une lionne affamée ou quand elle est enlevée par un grand singe aux intentions libidineuses, mais elle a besoin d'être protégée par Tarzan (après tout, elle est une jeune bourgeoise du Wisconsin que rien n'avait vraiment préparée à vivre de telles mésaventures). Au fil des suites, elle devient progressivement une reine de la survie, totalement capable de se débrouiller seule dans la jungle (notamment dans Tarzan dans la préhistoire et dans Tarzan et les immortels). D'autres personnages féminins forts sont au coeur des intrigues inventées par l'écrivain, donc c'était probablement une forme d'idéal féminin pour lui. Il s'intéresse à la psychologie de Jane, nous révélant ses pensées dans le premier tome, et émettant des critiques sur la condition féminine de l'époque (Jane est promise par son père à un homme qu'elle déteste, "vendue comme une marchandise" par un père pourtant aimant, car c'est l'usage dans leur milieu).

Tarzan et Jane forment un couple très bien assorti et très moderne. Jane devient, après son mariage avec Lord Greystoke, directrice d'un Institut d'études archéologiques et biologiques, sous son nom de naissance, Jane Porter. Tarzan et elle se sont aimés une première nuit dans la jungle alors qu'ils n'étaient pas mariés (ce qui fit scandale à l'époque). Après leur union, chacun vit de longues périodes en vaquant à ses propres occupations, Tarzan passant souvent de longs mois dans la jungle, avant de retrouver Jane, qui de son côté est aussi très occupée. Mais Tarzan est un époux fidèle et droit, qui rencontre plein de femmes jeunes, belles et courageuses, pour lesquelles il n'éprouve "que respect et amitié", même quand ces dernières en pincent pour lui.

Burroughs est un bourgeois WASP du 19ème siècle, mais critique souvent les conventions étouffantes de sa classe avec une forte dose d'ironie. Et son rousseauisme n'idéalise pas non plus à outrance la vie de Tarzan dans la jungle, comme ont pu le faire les films. La lutte pour la survie est au coeur de ses récits, qui sont très violents. Il était aussi écologiste bien avant l'heure. Donc, difficile de le ranger dans une case selon les critères actuels.

Etrangement, la France est le seul pays, avec l'Allemagne, a n'avoir que très peu et très tardivement publié ses romans, alors que l'écrivain américain était profondément francophile (Paul d'Arnot, le meilleur ami de Tarzan, qui lui apprend à parler et le ramène à la civilisation, est un officier de la marine française). Pour l'Allemagne, c'est moins surprenant. Alors que les Allemands étaient les lecteurs les plus férus des premiers volumes de la série, Burroughs s'est mis le public allemand à dos avec Tarzan l'indomptable, roman de 1919 donnant à fond dans la propagande germanophobe (c'est aussi dans cet opus très sombre que Jane meurt, assassinée par les "Huns", mais Burroughs sera contraint par ses éditeurs de la ressusciter, à la manière de Conan Doyle quand il a fait mourir Sherlock Holmes). Burroughs essaya de corriger le tir par la suite, notamment avec le très germanophile Tarzan au coeur de la Terre (un de ses meilleurs) en 1929, sans succès. Les Nazis brûlèrent d'ailleurs les livres de l'écrivain.

Burroughs débordait d'imagination et, tout en s'étant inspiré des romans d'aventures et de science fiction antérieurs (Jules Verne, Rudyard Kipling, Henry Rider Haggard, Arthur Conan Doyle, H.G. Wells...), il inspira lui-même de nombreux auteurs (Ray Bradbury le cita comme son modèle). Jane Goodall a aussi déclaré que sa vocation d'ethnologue lui était venue de la lecture des romans de Burroughs et qu'elle était amoureuse du personnage de Tarzan (qui "n'a pas épousé la bonne Jane" 8) ). Tarzan est également la principale source d'inspiration de Superman, tant par son physique (un colosse brun aux yeux gris d'une très grande beauté) que par sa double personnalité (Tarzan des Singes/John Clayton, Lord Greystoke). Double personnalité pratiquement inexploitée par le cinéma. Pendant ses séjours à Londres, John Clayton s'exprime à la chambre des lords, tandis qu'une fois de retour en Afrique, Tarzan dévore la chair crue des animaux qu'il vient de tuer en poussant des grognements de fauve. Son éducation dans la jungle l'a rendu dur et impitoyable, mais il a hérité de ses parents une nature intelligente, curieuse et généreuse, qui lui a permis plus tard d'acquérir des manières de gentleman.

Certes, l'oeuvre de Burroughs est inégale, certains romans étant plus inspirés et d'autres plus alimentaires. Tarzan of the Apes n'était pas censé donner lieu à des suites, mais le succès fut tel et la demande tellement forte qu'il écrivit des aventures de Tarzan tout le reste de sa vie, entre une multitude d'autres romans. Et comme de nombreux lecteurs indignés s'étaient plaints que le roman ne se terminait pas par une fin heureuse, Burroughs conclut Le retour de Tarzan par une invraisemblable happy end. Tout son talent arrive à faire passer ses incohérences et ses énormes coïncidences. Ses écrits sont toujours très rythmés et tiennent en haleine, chaque chapitre se terminant sur un clifhanger. C'est typiquement le genre de romans qui se lisent très vite.

Bref, les romans ayant fait récemment l'objet d'adaptations réussies en bandes dessinées, ils possèdent suffisamment de qualités pour pouvoir être adaptés fidèlement au cinéma, à condition qu'un scénariste intelligent s'y attelle, comme ce fut le cas avec Greystoke. Certes, c'est peu probable dans le Hollywood actuel.

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