

C'est d'la bombe bébé !
Ma mâchoire n'a pas décrispé de toute la projection, figée dans un sourire idiot, mes yeux écarquillés par le fascinant spectacle de l'écran. C'est beau parce que c'est un film clairement pensé pour la salle de cinéma, quand tant d'autres productions semblent surtout pondues pour avoir un bon rendu sur ton home cinema. Un film sexy en diable, une oeuvre de génie (et si j'adore depuis le début Tarantino, je crois que c'est la première fois que je lui accorde ce qualificatif).
On dit souvent que ses films transpirent son amour du cinéma, celui-ci n'y fait évidemment pas exception, et c'est un vrai bonheur d'y retrouver cette sincérité à la fois intacte et encore porteuse. Au-delà des références (citations visuelles, sonores, dialogues, codes) et du travail formel (le titre VF qui s'incruste sur le plan d'ouverture, ces sauts de pellicule comme un équivalent visuel du concept de mix), je me suis complétement laissé emballer par le jeu de fausses pistes, par son imprévisibilité que j'ai été content de goûter d'autant mieux que je m'étais tenu à l'écart de toute info (j'ai regardé après coup la bande annonce et c'est fou comme elle ruine toute possibilité de surprise). Crudité/vérité des dialogues, tranquilité du regard, ambiance captivante, talents des actrices. Tarantino manipule le spectateur avec un brio qui me laisse pantois. Je savourais l'audace d'un tel étirement de la non-action.
Le surgissement de la violence acquiert alors une force incroyable, quand bien même certains dans la salle y trouvent matière à rigoler. Je n'y ai vu nulle volonté comique, c'est juste que la mort peut parfois se montrer grotesque, idée finalement bien dérangeante. En redémarrant presque son film à zéro (point limite), le réalisateur prenait le risque d'émousser l'intérêt. Il n'en est rien, au contraire, puisqu'ayant vu et été pratiquement traumatisé par la folie meurtrière de Stuntman Mike, j'étais prêt à le voir surgir à tout moment pour le pire, alors que dans la première partie, ma méfiance à son sujet s'était bien endormie.
Et quelle tension, quelle folie, quelle beauté dans ces scènes de bagnole. Le basculement dans le film de cascade semble vouloir retrouver un art perdu. J'y vois un cadeau vraiment précieux fait à une profession que les effets numérique ont tranformé. Ici c'est du brut et c'est filmé et monté avec une énergie, une science du rythme et du mouvement qui m'ont mis par terre. Et Zoe Bell est ma nouvelle idole.