Bizarre quand même. Le 5e volet proposait déjà de boucler la boucle sous la forme d'un retour aux sources, avec visite amère des lieux du passé. Avec une lucidité vraiment touchante, Stallone semble vouloir enfoncer le clou en reprenant ici le même principe mais dénudé à l'extrême, réduisant au maximum les intrigues secondaires pour ne se focaliser que sur son antihéros, plus paumé que jamais avec cette impression de n'avoir toujours pas atteint le moindre bout d'une quelconque route. Take you back, chante une nouvelle fois Frank Stallone sur le générique d'ouverture.
Philly est plus dépeuplée que jamais, il n'y a plus personne dans ses rues ou bien les gens sont mauvais (autrefois même les truands apparaissaient comme des gens solidaires). Mais s'il y a bien une absence qui pèse sur l'ensemble du film c'est celle d'Adrian. J'ignorais que Talia Shire ne faisait pas partie de ces retrouvailles, et même sans être là elle parvient une nouvelle fois à incarner le coeur du film. Sinon je savais que Burt Young serait présent et ses scènes m'ont régulièrement mis la larme à l'oeil. J'ai retrouvé véritablement intact son personnage qui cache derrière ses mauvaises manières d'authentiques sentiments.
On peut être gré au scénariste de ne pas s'être trop acharné sur son protagoniste, en en faisant un mec qui s'en sort relativement bien avec son resto qui n'est en rien un boui-boui. Sa relation avec la petite Mary qui a bien grandi est incontestablement l'aspect le plus réussi du film, et Stallone joue plutôt subtilement de l'ambiguité amoureuse qui peut exister entre ces deux êtres. De même le parcours de Mason Dixon est assez bien vu, arrivé au sommet de la richesse mais qui se sent finalement bien seul dans sa riche villa et ressent le besoin de revenir aux bases.
Si le monde des cols blancs où vit le fils Balboa n'échappe pas toujours à la caricature, ça reste néanmoins assez sobre et surtout porté par l'envie sincère de donner quelques leçons de vie, très simples à l'image de Rocky. Cela dit, ses sentences sonnent parfois un peu trop écrites pour vraiment coller avec l'image que j'ai du personnage. Et sinon j'ai trouvé un peu crétin parce que pas très crédible cette histoire de match sur ordinateur (avec des modélisations impeccables et un découpage un peu trop travaillé). Les autres volets parvenaient à faire passer mieux que ça le fait que Rocky s'acharne quand même à remonter sur le ring. Le spectateur ne se faisait certes pas d'illusions face à ses hésitations, mais ici j'ai trouvé que l'évolution du personnage était un peu platement rendue. Et c'est limite si le training montage (LA scène à ne pas foirer) a failli ne pas m'emballer. Les frissons ne m'ont enfin parcouru que lorsque les fameuses marches sont apparues, mais voir Rocky tout en haut avec son clebs c'était pas loin de faire douche froide !
On sent que Stallone aime cet univers qu'il a créé et qu'il a conscience que c'est le cas de son public. Il leur (il nous) rend hommage et on a vraiment l'impression qu'il recule le plus possible la fin de son film : superbe arrêt sur image de cette main dans la foule qui attrape celle de Rocky / disparition de la silhouette dans le cimetière / et encore ce dernier plan large en haut des marches dans la nuit de la ville. On a envie de dire "encore, encore" !
Quand bien même j'ai été sensible à cet aspect film pour les fans, ça n'a pas été suffisant pour rester aveugle et sourd devant une relative médiocrité de la mise en scène. J'ai d'abord été étonné par la photographie qui semble curieusement manquer de goût (couleurs au rendu bizarre, comme mal maîtrisé). Stallone semble justement chercher une certaine rupture avec les films précédents, en privilégiant notamment la caméra portée et en abandonnant la steadycam si caractéristique du premier volet. Trop de champs/contrechamps m'ont donné l'impression d'une pauvreté d'inspiration, nuisant à la vérité de certains dialogues. Le monteur a manifestement pété un câble au milieu du match final avec cet espèce de stroboscope qui m'a semblé totalement inexpressif, me laissant sur la touche. Le pire c'est que je n'ai vraiment ressenti aucune progression dans le rythme du match, aucun suspense. Alors que dans les 4 premiers films, ces mêmes matches de fin parvenaient vraiment à raconter une histoire, rendaient vraiment percutants les enjeux. Là, je guettais en vain l'oeil du tigre de l'Etalon italien.
Au final je suis donc mitigé. Un coup ça marche, un coup ça marche pas. J'aurais voulu y croire davantage.
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