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Vu et adoré - comme peu de films depuis quelques temps, je pensais commencer à devenir ronchon.
J'en profite pour parler un petit peu des rapports avec le livre : les Coen en ont respecté quasiment à la lettre les 3/4, scène après scène, dialogue après dialogue, tout est extrêmement fidèle - on peut suivre quasiment page après page. Seules coupes vraiment notables : chaque chapitre du livre commence par trois ou quatre pages de monologue intérieur du Shériff, dont il ne reste que quelques voix-off (et le monologue de fin, peu apprécié d'ailleurs par certains critique, comme Wallflowers et le critique ciné de Rock'n'Folk) ; le livre est de ce fait franchement centré sur le personnage du shériff, ce qui est moins perceptible dans le film. Et puis, dans le dernier quart du film, les Coen accélèrent le récit à grand coup d'ellipses, là où le livre gardait le même rythme, ils sabrent dans plusieurs scènes et font ressortir l'absurdité et l'aléatoire des évènements (Carla Jean, l'accident de voiture notamment)/ L'effet rendu est très différent, je trouve (*).
En général, la réflexion sur la déshumanisation(**), la décadence et l'échec de la transmission des valeurs humaines est moins présente dans le film que dans le texte original, au profit d'une certaine efficacité, notamment dans les scènes d'action.
(je précise aussi que la nature texane, aussi bien filmée, m'a rappelé qu'on pouvait filmer l'Amérique sans tomber dans le niaiseux et le pathos par trop facile, comme Sean Penn dans sa purge Into the Wild, mais c'est un autre débat).
(*) par contre, une des principales ellipses du film, celle de l'ultime tuerie au motel, est déjà dans le livre, mais c'est la seule, toutes les scènes suivantes sont plus développées dans le texte de McCarthy.
(**) le choix de l'arme de prédilection de Chiguhr, un pistolet d'abattoir, est révélateur.
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