Vu la version intégrale restaurée mardi.
Jusque là, j'étais atteint d'une espèce de malédiction concernant Metropolis :
- la première fois que je l'enregistre à la télé, je l'efface par erreur
- la seconde, je programme l'enregistrement trop tôt, me trompe en prenant une cassette de deux heures et du coup il manque la fin...
- la troisième fois, j'oublie tout simplement de l'enregistrer
- puis je le manque à une rétrospective
- je l'emprunte à un copain mais il doit le récupérer en catastrophe (c'est à son papa qui veut pas prêter ses films)
- j'achète un coffret Fritz Lang que je prête à uen copine qui me l'a toujours pas rendu
- Il y a deux semaines, je vais le voir à la Filmothèque du Quartier Latin, la dame juste devant moi, qui va voir Bonjour Tristesse, radote trois heures face au caissier dans le genre "je vais voir ça, je sais que c'est pas le meilleur film du monde mais je vais pas le voir pour cette raison mais plutôt pour celle-là, car voyez-vous...". Bref, son discours devait être hypnotique ou je sais pas quoi car une fois pris mon billet, je suis la dame DANS LA MAUVAISE SALLE. Je me rends compte de mon erreur mais ne bouge pas (finalement, vu mon emploi du temps, un film d'1h30, c'est plus raisonnable...)
Et donc, ce mardi 22 novembre 2011, après LA SOURIS QUI RUGISSAIT, je me trouve dans la salle bleue de la filmo'. Tout va bien, le connard de la filmothèque n'est pas là (ou alors je suis son délégué involontaire) et tout semble se présenter sous les meilleures auspices. Soudain, une horde de collégiens surgit dans la salle. Ils ont l'air d'être venus contraints et forcés et je crains qu'ils ne foutent le boxon (oui, des fois j'ai des pulsions anti-jeunes, surtout quand je tente de contrecarrer ma Malédiction Metropolis, film que je pourrais d'ailleurs surnommer M le Maudit) mais finalement ils se tiendront tranquilles malgré quelques chuchotements qui ne m'ont pas gêné vu que j'étais assez loin d'eux. Je crois que je dois cette chance au fait que j'étais à ma place de prédilection, sous le portrait d'Audrey Hepburn, mon ange gardien perso.
Alors, que dire du film (que télérama qualifie de Fiasco total dans son Guide des films 2004)? Bah c'est vraiment génial. Deux heures trente qui passent toutes seules. C'est grandiose avec un sens de la mise en scène et du montage qui font tout passer et un message toujours d'actualité quatre vingt ans plus tard (même si je hais cette tournure de phrase). Le message sur l'exploitation des masses, que j'imagine alors plutôt adapté au totalitarisme renvoie aujourd'hui à l'exploitation des immigrés et j'avoue que le jeu de Brigitte Helm quand elle joue le robot m'a vraiment fasciné.
Après, comme on l'a dit plus tôt, les séquences rajoutées sont plus de l'ordre du plan bonus que de la scène inédite. Certains plans d'ensemble rendent mieux l'ampleur de certaines scènes, surtout lors de l'assaut final des masses qui vont détruire les machines. Après, il y a quelques scènes en plus qui rendent l'histoire plus fluide et des cartons résument les scènes manquantes illustrées de quelques images ou photogrammes piquées dans le reste du film (la même technique a été employée lors de la restauration du ciné-roman Fantômas de Louis Feuillade).
Là où ces scènes manquantes sont vraiment primordiales pour le film, c'est parce que, sans elles, je suppose que la plupart des historiens du cinéma et cinéphiles auraient pu ne jamais se rendre compte que cette version contenait des plans inédits. Ils auraient un peu tiqué en les voyant, genre "tiens, je me rappelait pas de ce plan" mais n'auraient peut-être pas été plus loin (je les sous-estime sans doute mais quand on sait certaines choses sur les techniques de recrutements de certaines institutions culturelles françaises, on peut douter...). Par contre, pour quiconque a vu Metropolis plus de deux trois fois, les quelques scènes inédites, parfois dispensables pour la bonne compréhension de l'intrigue (l'ouvrier qui a pris la place de notre jeune et sympathique héros allant dans un lieu de débauche) sautent aux yeux : on sait qu'on ne les a jamais vues et on se penche alors de plus près sur cette copie. AU passage, j'imagine avec peine le sentiment de joie extatique qui a dû s'emparer des historiens du cinéma découvrant cette copie "PUTAIN, J'AI JAMAIS VU CETTE SCENE !" ce qui doit s'apparenter au regard d'Indiana Jones découvrant l'ARche d'Alliance. Mais d'autres scènes sont vraiment indispensables à la bonne compréhension de l'histoire.
Pour la ressortie du film, ce qui est "cool" c'est que le mauvais état de la copie retrouvée permet de voir quels plans et scènes ont été rajoutés à la version restaurée il y a quelques années et de mesurer l'importance de la découverte de ces bobines de film. Mon coeur d'étudiant en Gestion de Patrimoine Audiovisuel/cinéphage ne pouvait que battre à tout rompre lors du visionnage, même si je n'avais jamais vu le film auparavant.
Voir aussi cet autre cas (pour un film moins important mais qu'il aurait été dommage de perdre) de redécouverte d'un film qu'on croyait perdu chez un collectionneur :
http://www.bachfilms.com/dvd.php5?dvd=1374http://www.cinefaniac.fr/dvd/testdvd.php?i=221merci de remonter ce topic.
je vais tacher de revoir ce film, il y a si longtemps que je n'en ai pas eu l'occasion.