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Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford
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Auteur:  JACK TILLMAN [ 14 Jan 2026 18:57 ]
Sujet du message:  Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

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Le film qui fit de Rudolph Valentino une superstar et le sex-symbol de sa génération, énorme carton de l'année 1921.

"C'est pire que du Barbara Cartland !" déclara l'ami avec qui je viens de le regarder. On se fait souvent des films muets ensemble. Le mois dernier, on a maté La Femme sur la Lune, chef-d'œuvre de Fritz Lang avec une histoire d'amour toujours touchante un siècle après. Cette semaine, nous avons été quittes pour un beau navet orientaliste à l'eau de rose.

Adapté du best-seller de l'écrivaine britannique Edith Maude Hull. On s'interroge sur les mécanismes psychiques qui peuvent pousser des femmes à fantasmer sur des histoires d'enlèvement, de séquestration et d'esclavage sexuel qui se terminent en happy end romantique (mais la tendance ne s'est pas inversée de nos jours, bien au contraire, avec les quantités industrielles de dark romance trash écrites majoritairement par des femmes).

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L'héroïne du film, Lady Diana Mayo, incarnée par la vamp Agnes Ayres, est une féministe indépendante qui déclare au début "Le mariage, c'est la fin de la liberté !" et qui trouvera le bonheur dans la tente du beau cheik Ahmed Ben Hassan, qui l'a kidnappée dans le désert du Sahara pour l'épouser de force. J'entends votre légitime indignation, qui en 1921 est bien entendu de vous offusquer qu'une femme blanche, aristocrate qui plus est, finisse dans les bras d'un Arabe. Pas de panique ! Il y a un twist : le cheik n'est en fait pas arabe, il est en réalité aussi blanc que vous et moi (enfin, surtout moi), "fils d'un Anglais et d'une Espagnole", recueilli et élevé par des Bédouins. Bon sang mais c'est bien sûr ! C'est pour ça qu'il est gentil, parce que c'est pas un Reubeu !

C'était donc ça qui faisait rêver les foules dans les années 20. Il existe une suite, toujours avec Valentino, et également sortie en DVD chez Bach Films, mais je crois qu'on pourra s'en passer mon ami et moi.

Auteur:  Red Dear [ 14 Jan 2026 22:59 ]
Sujet du message:  Re: Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

En effet, le film qui fit la carrière de Valentino (le tombeur de nos arrières-grand-mères) est maintenant un brûlot colonialiste et conservateur. ^^'
Rudolph Valentino n'a pas eu une vie facile et son heure de gloire n'a pas duré aussi longtemps qu'on pourrait le croire. Surtout, à la manière de Roy Gilbert,
il passa auprès du public d'un idéal de virilité à une figure presque efféminée dans l’œil du public et de la critique. Ce fut si grave que sur son lit de mort, alors
qu'il agonisait d'un douloureux cancer, il dit "alors c'est qui la tafiole maintenant ?" tant les accusations sur son orientation sexuelle et sa virilité empoisonnèrent son existence.

Bien sûr du haut de notre 21ième siècle, il est aisé de juger du discours de ces films, mais qui sait si les métrages de notre aire soit-disant libérale ne seront pas jugés aussi sévèrement
par les cinéphiles du futur.

Si tant est que nous ayons droit à un futur.

PS: faut excuser mon fatalisme, ce fut un début d'année difficile.

Auteur:  JACK TILLMAN [ 14 Jan 2026 23:31 ]
Sujet du message:  Re: Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

D'où ma parenthèse sur l'âge d'or de la dark romance malsaine que nous vivons actuellement (et qui sont souvent portées à l'écran, succès oblige). :wink:

Je ne voulais pas jeter la pierre à ce bon Valentino, qui fait ce que le réalisateur lui demande de jouer, le pauvre. Je serais curieux de voir le biopic porno que Joe D'Amato a tiré de sa vie, avec l'inévitable Rocco dans le rôle titre. :-D

Sinon, je suis bon client des vieux films d'aventures colonialistes (par exemple, je te recommande Les Sirènes d'Atlantis, adaptation 40's du roman de Pierre Benoit avec Jean-Pierre Aumont et Maria Montez, que mon ami et moi avons regardé en décembre et qui est un très beau film :wink: ), mais dans Le Cheik, l'accent est beaucoup mis sur la romance, qui n'est vraiment pas fameuse.

Auteur:  Red Dear [ 15 Jan 2026 7:21 ]
Sujet du message:  Re: Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

JACK TILLMAN a écrit:
D'où ma parenthèse sur l'âge d'or de la dark romance malsaine que nous vivons actuellement (et qui sont souvent portées à l'écran, succès oblige). :wink:

Je ne voulais pas jeter la pierre à ce bon Valentino, qui fait ce que le réalisateur lui demande de jouer, le pauvre. Je serais curieux de voir le biopic porno que Joe D'Amato a tiré de sa vie, avec l'inévitable Rocco dans le rôle titre. :-D

Sinon, je suis bon client des vieux films d'aventures colonialistes (par exemple, je te recommande Les Sirènes d'Atlantis, adaptation 40's du roman de Pierre Benoit avec Jean-Pierre Aumont et Maria Montez, que mon ami et moi avons regardé en décembre et qui est un très beau film :wink: ), mais dans Le Cheik, l'accent est beaucoup mis sur la romance, qui n'est vraiment pas fameuse.


Un biopic de Valentino par d'Amato avec Sifredi ?! Je signe immédiatement !! Même si connaissant ce bon Aristide, il se sera inspiré de la version licencieuse racontée par Kenneth Anger dans son Hollywood Babylon. XD

Et tu as raison de mentionner cette mode de la "dark romance". J'avoue qu'elle passe totalement à côté de mon radar mais elle est très présente.

Et tu vends du rêve avec ce titre "Les Sirènes d'Atlantis" !

Auteur:  JACK TILLMAN [ 15 Jan 2026 12:15 ]
Sujet du message:  Re: Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

Red Dear a écrit:
Et tu as raison de mentionner cette mode de la "dark romance". J'avoue qu'elle passe totalement à côté de mon radar mais elle est très présente.

Ma sœur est romancière (elle écrit de l'urban fantasy sous le nom de plume Azilis Helori) et dans les salons du livre où elle doit se rendre, elle rencontre souvent des autrices de dark romance. Elle a toujours envie de vomir en lisant les résumés de couverture de leurs bouquins, qui se vendent très bien auprès d'un lectorat exclusivement féminin. Ce qui désespère un peu ma frangine. Par conséquent, je suis à peine étonné que la trilogie 365 Jours fasse un carton sur Netflix. Finalement, on se dit que Le Cheik, c'était pas si malsain en fait (au moins, il ne viole ni ne torture pas son amoureuse).

Citer:
Et tu vends du rêve avec ce titre "Les Sirènes d'Atlantis" !

Merci ! Il est sorti en DVD chez Artus Films. :wink: J'avais auparavant lu une critique au nez pincé, et m'attendais à une banale série B kitsch et académique. Le film m'a très agréablement surpris. Le dernier quart d'heure est notamment très ambitieux dans sa mise en scène, qui nous a laissé mon ami et moi sur une excellente impression. Le noir et blanc est superbe. Et l'alchimie naturelle entre Jean-Pierre Aumont et sa femme Maria Montez sert vraiment bien le film.

Alors que Valentino était le latin lover des années 1920, le beau Jean-Pierre fut le french lover du Hollywood des années 40, où il émigra lors de l'invasion allemande (il était juif) pour y tourner quelques films de propagande antinazis, avant de s'engager dans les Forces Françaises Libres et de participer à la libération de l'Europe. La Dominicaine Maria Montez (également mannequin et poétesse) était quant à elle la bomba latina de l'époque, spécialisée dans les films d'aventures exotiques, une des rares actrices hispaniques à avoir percé comme vedette à Hollywood (sa chevelure rousse naturelle y est-elle pour quelque chose ?), sacrée "Reine du Technicolor", et elle joua aussi dans plusieurs films français, avant de décéder tragiquement d'une crise cardiaque en 1951.

Leur fille Tina Aumont jouera en Italie chez Federico Fellini, Bernardo Bertolucci, Tinto Brass et Roberto Rosselini, puis en France chez Jean Rollin (Les Deux Orphelines Vampires) et Norbert Moutier (Dinosaur from the Deep).

Auteur:  Red Dear [ 15 Jan 2026 20:19 ]
Sujet du message:  Re: Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

JACK TILLMAN a écrit:
Red Dear a écrit:
Et tu as raison de mentionner cette mode de la "dark romance". J'avoue qu'elle passe totalement à côté de mon radar mais elle est très présente.

Ma sœur est romancière (elle écrit de l'urban fantasy sous le nom de plume Azilis Helori) et dans les salons du livre où elle doit se rendre, elle rencontre souvent des autrices de dark romance. Elle a toujours envie de vomir en lisant les résumés de couverture de leurs bouquins, qui se vendent très bien auprès d'un lectorat exclusivement féminin. Ce qui désespère un peu ma frangine. Par conséquent, je suis à peine étonné que la trilogie 365 Jours fasse un carton sur Netflix. Finalement, on se dit que Le Cheik, c'était pas si malsain en fait (au moins, il ne viole ni ne torture pas son amoureuse).

Citer:
Et tu vends du rêve avec ce titre "Les Sirènes d'Atlantis" !

Merci ! Il est sorti en DVD chez Artus Films. :wink: J'avais auparavant lu une critique au nez pincé, et m'attendais à une banale série B kitsch et académique. Le film m'a très agréablement surpris. Le dernier quart d'heure est notamment très ambitieux dans sa mise en scène, qui nous a laissé mon ami et moi sur une excellente impression. Le noir et blanc est superbe. Et l'alchimie naturelle entre Jean-Pierre Aumont et sa femme Maria Montez sert vraiment bien le film.

Alors que Valentino était le latin lover des années 1920, le beau Jean-Pierre fut le french lover du Hollywood des années 40, où il émigra lors de l'invasion allemande (il était juif) pour y tourner quelques films de propagande antinazis, avant de s'engager dans les Forces Françaises Libres et de participer à la libération de l'Europe. La Dominicaine Maria Montez (également mannequin et poétesse) était quant à elle la bomba latina de l'époque, spécialisée dans les films d'aventures exotiques, une des rares actrices hispaniques à avoir percé comme vedette à Hollywood (sa chevelure rousse naturelle y est-elle pour quelque chose ?), sacrée "Reine du Technicolor", et elle joua aussi dans plusieurs films français, avant de décéder tragiquement d'une crise cardiaque en 1951.

Leur fille Tina Aumont jouera en Italie chez Federico Fellini, Bernardo Bertolucci, Tinto Brass et Roberto Rosselini, puis en France chez Jean Rollin (Les Deux Orphelines Vampires) et Norbert Moutier (Dinosaur from the Deep).


Je peine à ajouter quoi que ce soit tant tu m'apprends de belles choses sur l'Hollywood de la première moitié du siècle que j'ignorais jusqu'alors !!

Merci beaucoup cher Tillman !!

Auteur:  JACK TILLMAN [ 16 Jan 2026 16:37 ]
Sujet du message:  Re: Le Cheik (The Sheik) 1921 - George Melford

You're welcome. :wink:

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