Street Fighter -@- (
Lamule) -
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Qu’on me pardonne d’apporter la contradiction à Lamule, qui fut l’un des membres de l’équipe fondatrice du site, mais je ne partage pas sa vision quelque peu négative de «Street fighter ». Navet, cet invraisemblable gloubiboulga de tataneries vandammesques ? Plutôt un nanar se situant dans une honnête moyenne sur l’échelle des zygomatiques. Il convient de se tenir pour dit que le film n’est en rien fidèle à l’univers du jeu vidéo (si l’on peut vraiment parler d’univers…), en ce que Van Damme ne font que reprendre certains éléments du look des personnages du jeu. N’étant pas pour ma part un fan de jeux vidéos (j’ai dû jouer trois ou quatre fois à Street Fighter II à l’époque de mes 18 ans), je n’y ai pas vu blasphème. Une transposition en live du jeu vidéo n’aurait pu donner qu’une parodie déjantée, ce que Jackie Chan a fort bien restitué dans la meilleure scène de «Niki Larson ». L’échec du film tient dans sa volonté de vouloir construire un véritable univers autour de personnages dont la seule dimension tient dans leur volonté de s’exploser la gueule. Le grotesque ne pouvait être évité, la grande faute du long-métrage aura été de ne pas l’assumer jusqu’au bout.
Mais le caractère peu abouti du film n’enlève rien à sa capacité à faire rire malgré lui. De la prestation hallucinatoire de Jean-Claude Van Damme, dont on se demande s’il a conscience de son propre ridicule (et si ce n’est pas le cas, c’est grave) aux apparitions totalement pathétiques de Dhalsim et Blanka (deux personnages que les auteurs du film échouent totalement à restituer), «Street fighter » est ma foi un bel objet nanardesque qui se bonifie avec les années, au fur et à mesure que le jeu vidéo cesse d’être présent dans nos esprits. Le film y gagne en absurdité nonsensique : son scénario griffonné à la va-vite, sans doute au petit matin d’une nuit blanche cocaïnée, est l’un des plus hystériquement stupides que l’on ait jamais vus à l’écran. Le simple fait que des sommes non négligeables aient été balancées par la fenêtre sur la foi d’un postulat pareil suffit à faire de ce film un objet à part.
Le film gagne en outre la palme de la géopolitique nanarde, avec un chef casque-bleu (Van Damme) qui conclut ses allocutions télévisées par des bras d’honneur, et envoie balader les technocrates pour aller renverser les dictateurs à lui tout seul, au mépris des ordres de sa hiérarchie. Chuck Norris, enfoncé !
Un Van Damme pataphysique, un Raul Julia émacié et au bord du tombeau (le film prend des allures de «snuff movie » quand on observe ses traits fatigués), une Kylie Minogue en pleine période de vaches maigres (son faux accent anglais vaut paraît-il le détour en V.O.), des combats réglés par l’assistant de l’assistant-chorégraphe stagiaire, un casting totalement égaré auquel on demande de s’agiter devant la caméra : «Street fighter » n’est peut-être pas le nanar le plus drôle du siècle, mais il mérite mieux que le mépris, et devrait se bonifier avec les années. Ce n’est pas un très grand cru, mais ce n’est pas non plus du vinaigre ! Les Street fighters sont nos amis, il faut les aimer aussi!