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Casino royale, Martin Campbell, 2006
Pas vu un 007 en salles depuis Dangereusement vôtre. Si certains titres ont pu m'amuser quand j'étions jeune, j'ai jamais été plus tenté que ça par les aventures bondiennes. Les scènes de séduction m'ennuient, je trouve l'action molassone. La seule chose que je sauvais, c'était les génériques. Casino royale promettait un renouvellement de la franchise, mais la présence à la barre de Martin Campbell suffisait à me refroidir. Ce sont véritablement les échos récoltés ici ou là qui ont attisé ma curiosité. Et j'ai bien aimé, sans doute à cause de ce renouvellement. A apprécier sur grand écran.
On va faire les choses plus ou moins dans l'ordre. La séquence prégénérique tente des trucs. Noir et blanc poisseux, contraste entre le dialogue feutré et le corps à corps particulièrement physique. Le générique de David Kleinman a de très belles idées (ce jeu avec les cartes tueuses, les roulettes qui deviennent des cibles), mais je n'ai pas du tout aimé le rendu graphique, entre animation flash et cinématique technologiquement déjà désuète. La chanson de Chris Cornell n'est pas très marquante. L'intro, les couplets sont chouettes mais le refrain est vraiment cheap.
Monumentale poursuite à Madagascar, dans un style yamakasi qui détonne pas mal au premier abord comme au second. Les prouesses en particulier du poursuivi donneraient presque l'impression que le projectionniste a mélangé les bobines et qu'on se retrouve devant X-men 4 ou Spider-man 3. C'est tout simplement grisant, avec une exploitation maximale et vertigineuse des éléments du décor. Une séquence généreuse qui n'est que mouvement. Du pur cinéma. Et là, j'ai davantage envie de mettre la réussite de cette scène sur le compte du coordinateur des cascades et du réal de la seconde équipe que sur Campbell tout seul (et Remy Julienne prend un gros coup de vieux). Les mouvements de caméra sont très précis et très subtil, dynamisant assez génialement les nombreux raccords. Le score assez bourrin de David Arnold achève d'emballer le tout. Effets sonores diablement efficaces. 20 minutes de film sont passées et je suis déjà comblé.
Par la suite, l'intrigue est plutôt agréable à suivre, avec ce jeu sur les codes de la franchise (et nul doute que pas mal d'entre eux me sont passées inaperçus). Un côté macho bien marqué. Les dialogues avec M sont assez réussis, on devine qu'ils ont surtout pour but de donner l'épaisseur voulue au personnage en devenir. La scène obligée de séduction aux Bahamas m'a un peu gavé mais l'humour fonctionne et là aussi, les dialogues semblent receler des infos sur ce qui définit et définira le héros.
Par contre, j'ai trouvé les scènes de filature pas très bien réalisées, un peu confuses malgré un montage plutôt posé (dans le musée, à l'aéroport). Je passe sur la scène d'action sur le tarmac, très efficace même si complètement prévisible dans ses péripéties. Disons qu'elle est dans la norme de ce que peut proposer un blockbuster aujourd'hui. Ce qui peut surprendre c'est qu'apparemment Hollywood ne craint plus de proposer du bourrinage et des menaces terroristes avec des avions dans le champ.
J'aime bien cette idée selon laquelle les vilains se doivent d'être caractérisés par une infirmité physique, ici ce seront les larmes de sang du Chiffre et le borgne de Venise. A propos du Chiffre, j'avais quand même une pensée pour l'interprétation nawak qu'en avait donné Orson Welles dans la parodie sixties. Et c'est intéressant de voir ici Bond à ce point maltraité. Son corps ne cesse de souffrir tout le long. Une fois au Casino royale, les interludes entre deux parties de poker s'acharneront à lui en mettre plein la gueule, comme pour mieux ruiner la tentation du glamour qui caractérise le lieu et ses règles. Ça va même assez loin avec le coup de l'empoisonnement et de la consultation médicale à distance, un peu grotesque mais néanmoins crédible. Je pense qu'on tient là toute l'idée du personnage. Un type constamment en danger et qui pour tenir à ce point le coup se doit d'être une force de la nature, doté d'une volonté de mec bien buté. N'est-il pas explicitement assimilé à un bulldozer au début du film ? Il est de même très amusant de voir Bond faire des erreurs (espérer passer inaperçu en embrassant Vesper dans un couloir alors que son écouteur dans l'oreille est visible !). Il apprendra sans doute à s'assagir par la suite, là il est entier (comme lorsqu'il est prêt à régler direct son compte au Chiffre avec un couteau à beurre). La scène de torture détonne un peu, crasseuse, dérangeante et semblant enfin affirmer le penchant masochiste de 007 (même s'il s'en sort un peu trop facilement, sauvé par le script). D'ailleurs toutes les bastons du film ont un côté rentre-dedans, une confusion et une absence de joliesse qui font que le spectateur les vit vraiment.
Si du point de vue de l'écriture, les dialogues entre Bond et Vesper sont plutôt joliment écrits, piquants et spirituels, je ne sais pas si c'est la faute à la mise en scène (les champs/contrechamps sans âme du train) ou aux acteurs (je suis pas fan d'Eva Green, les gros plans de Craig sont souvent inexpressifs), mais j'ai trouvé leurs scènes un peu plates. A aucun moment l'émotion recherchée ne m'a véritablement semblé naître. Et c'est dommage parce que du coup je ne me suis pas trop investi dans cet aspect du récit qui aurait du donner un ton tragique au dernier tiers du film. Le final à Venise est très beau sur le plan du rythme et du visuel, mais je suis vraiment passé à côté de cette romance. La scène de la douche où Vesper lave son traumatisme est cependant très belle, filmée posément en un seul lent travelling. J'ai d'ailleurs bien apprécié cette volonté du réalisateur de prendre le temps qu'il faut.
On ne s'ennuie pas vraiment.
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