Alors, l'origine du Joker : quand il est apparu en 1939, il n'en avait pas; c'était simplement un criminel sadique, et on ne précisait pas s'il était grimé ou s'il avait vraiment la peau blanche et les cheveux verts. Dans les années 50, on lui a créé une origine : on découvre dans un flash-back (qu'il raconte lui-même) qu'il était le chef d'une bande de criminels et que, lors d'un cambriolage, il a sauté pour échapper à Batman dans une rivière polluée par des produits chimiques : du coup, sa peau devient blanche et ses cheveux verts. Ce qui est considéré comme l'origine définitive du Joker a été raconté en 1988 (je crois) dans l'épisode "The Killing Joke", scénarisé par Alan Moore : pour faire court, on découvre qu'il n'était pas le chef de la bande, mais un pauv'gars, comédien au chômage, qui accompagnait les délinquants pour les aider à cambrioler un endroit dont il était un ancien employé et se faire un peu de thunes. Batman étant intervenu pour arrêter le casse, le gars a paniqué et sauté dans la fameuse rivière; il est devenu complètement fou en découvrant son nouveau visage (sachant qu'il était déjà au bord du craquage avant cet évènement, sa femme venait de mourir, etc.). Ca développe l'origine originelle (si j'ose dire) sans l'annuler.
C'est par ailleurs l'un des meilleurs épisodes de Batman (et l'une des histoires les plus glauques de la série).
Par ailleurs, dans la BD, il n'a pas du tout la bouche défigurée (bien que son sourire soit anormalement large) et peut changer d'expression : le coup de la bouche mutilée en forme de sourire, c'est tiré du roman "L'Homme qui rit", de Victor Hugo (dont une adaptation cinéma a par ailleurs servi à la conception graphique du personnage dans la BD d'origine, comme on l'a vu plus haut).
Concernant l'évolution du personnage : années 40, sadique dangereux; années 50-60, censure et jeune lectorat oblige, bouffon plutôt inoffensif (à peu près équivalent à ce qu'on voit dans la série télé avec Adam West); années 70 : la BD Batman redevenant sombre, on en revient à la conception d'un Joker sadique, dont l'essentiel de la fantaisie se trouve dans les manières de tuer ses victimes. C'est cette dernière conception qui domine depuis, et qui n'a fait que s'accentuer depuis.