Affiche :
Bande-annonce :
http://www.youtube.com/watch?v=UfdrJ0wHUGw
Pour une fois le titre français est plus informatif que le titre original. Si on pourrait penser à un précurseur de mega shark vs giant octopus en lisant le titre anglais (la pieuvre et la baleine), il s'agit bien en fait de parler de la séparation de la famille Berkman, ce qui est bien plus intimiste.
De toute façon, venant du co-scénariste de la vie aquatique, difficile d'attendre autre-chose.
On suit donc les aventures de la famille Berkman, famille d'écrivains de Brooklyn, avec leurs problèmes passionnants (vais-je réussir à faire publier mon nouveau roman, mon fils arrivera-t-il à développer un revers correct au tennis ? faut-il lire les romans mineurs de Dickens), leur divorce et les conséquences sur les enfants qui pètent les plombs (le petit qui se masturbe dans le cdi et étale sa semence sur les livres).
Mon avis, c'est que c'est pas génial génial. Là où Wes Anderson transcende ses scripts par sa mise en scène, ses costumes, sa fantaisie (encore qu'on puisse aussi trouver qu'il tourne en rond, mais c'est un autre problème), Noah Baumbach filme assez platement, avec des images en dégeulicolor bien indé, et des références pas très subtiles à la nouvelle vague (le père qui fait une crise cardiaque, et dit "dégueulasse" à sa femme, et qui est obligé de lui expliquer que ça vient d'à bout de souffle, ou le poste de la maman et la putain dans la chambre). Au niveau du scénario, le ton est très autobiographique (Baumbach est lui-même fils d'un écrivain new-yorkais, et a vécu dans le même quartier), et semble un peu réservé aux initiés : si vous êtes un écrivain de Brooklyn, le film est fait pour vous, mais est-ce le cas de beaucoup de monde ici ?
Ce qui est frustrant, c'est qu'on sent que le film a le cul entre deux chaises, entre le film mélancolique à la Wes Anderson, et la guerre psychologique totale à la Desplechin. La courte durée du film (1h13, avec une fin ultra foutage de gueule) souligne d'ailleurs, que le cinéaste effleure son sujet : celui d'un fils qui veut tellement plaire à son père qu'il finit par le détester. Tel quel, on dirait Woody Allen tournant tout le monde dit I love you, avec un sérieux papal, ce qui est assez exaspérant.
Dernières remarques : c'est un film indépendant américain : même s'il n'y a pas de Nick Drake dans la bande-son, la présence de multiples morceaux de Bert Jansch y pallie agréablement, et puis bon, terminer un film sur Brooklyn avec du Lou Reed, je sais pas trop quoi en penser (d'un côté j'adore Street Hassle, mais juste en utiliser 30 secondes sans lien avec l'image, juste parce que Lou Reed = New York, bof).
Cette utilisation de la musique rappelle exactement la critique de Deathtripper concernant non, ma fille tu n'iras pas danser : en multipliant les codes du film d'auteur indé américain, le film s'attire une sympathie certaine envers les "cinéphiles" (le film a une note très honorable de 7,8 sur imdb), mais bien que certainement sincère, il y a un côté fabriqué qui gêne.
Enfin, j'ai été gêné par un passage ridicule concernant le fils : pour attirer l'attention de son père, il participe à un concours de chansons, et chante hey you de Pink Floyd (tiré de the wall), en faisant croire qu'il l'a lui-même écrite. Si la supercherie finit par éclater, ça met pas mal de temps quand même (il gagne le concours, puis le jury rappelle les parents et leur fait découvrir le pot aux roses). Je sais que c'est censé montrer le trouble du héros, mais soyons honnête : qu'il pirate une chanson inédite du velvet trouvée sur un bootleg (ocean par exemple qui est sorti en CD dans les années 90), ou une chanson de Nick Drake, qui était je crois méconnu dans les années 80, pourquoi pas. Mais en 1986 (la date des événements), chanter un morceau de the wall (et pas un des moins connu), et penser passer au travers, c'est plus du trouble psychologique, c'est de la connerie pure !
Voilà. Bon, malgré tout ce que j'en dis, le film est pas si désagréable, les acteurs jouent bien, il y a un clone jeune de Kevin Bacon, un frère Baldwin et Anna Paquin dans un second rôle en mini short. Mais j'attendais un film vraiment classe, et j'ai été un peu déçu.