Oui, c'est vrai qu'on pourrait prendre John Ford pour un vieux macho réac (c'était l'image qu'il voulait donner de lui), mais que sa filmographie révèle une personnalité en réalité beaucoup plus complexe. Ford aurait tout à fait pu être taxé de communiste pour
Les Raisins de la Colère.
Nanar Laquais a écrit:
Pour John Wayne (je pensais qu'on l'appelait le "Duke") , il a tout de même joué "L'homme tranquille"... Si c'est pas un "film de gonzesse" de son point de vue
Oups ! Désolé, j'ai confondu avec Jeff Bridges...
Et c'est vrai que, quand un bon réalisateur réussissait à le pousser à sortir un peu de son registre fétiche, John Wayne a joué des rôles plus complexes et variés. Outre
L'homme tranquille et
Les cavaliers, on peut penser aux
Naufrageurs des mers du sud de Cecil B. De Mille (où il joue carrément le méchant du film),
The Spoilers (où il joue une crapule tout juste sauvée par une rédemption finale, face à Marlene Dietrich et Randolph Scott),
Les sacrifiés (où son personnage est plutôt ambivalent),
L'ange et le mauvais garçon (où il joue le bad boy du titre) et
Cent dollars pour un shérif (où il accepte d'incarner un héros vieillissant et plus sensible sous des airs bourru, il s'y révèle très sympathique).
John Wayne n'osait que rarement sortir de son personnage de super patriote américain super macho. Peut-être manquait-il de confiance en lui et en ses capacités de comédien derrière sa carapace de mec sûr de lui et infaillible. S'il surjouait son patriotisme, dans la vie comme à l'écran (jusqu'à faire corps avec son personnage de fiction, un peu comme plus tard notre regretté Chuck), c'était aussi à cause de la honte de ne pas s'être engagé dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, contrairement à beaucoup de ses collègues (dont certains vétérans qu'il a persécutés et mouchardés pendant la chasse aux sorcières). Il est sans doute révélateur que dans les deux seuls films qu'il a réalisés, il incarne le héros luttant jusqu'à la mort pour son pays (dans le très réussi
Alamo, justement porté par ce final âpre et brutal où on voit John Wayne mourir), puis la caricature du John Wayne macho et paternaliste tel qu'on se le représente habituellement (dans le très médiocre
Les Bérets Verts).
Son collègue Kirk Douglas racontait dans une interview en français qu'un jour, John Wayne, l'air renfrogné, lui avait reproché sa prestation dans
La vie passionnée de Vincent Van Gogh, parce qu'il y montrait ses sentiments comme une tafiole. Kirk lui avait répondu :
"Ecoute, John, tu n'es pas John Wayne, tu es un acteur, tu joues un rôle, c'est ton métier." Une anecdote que le démocrate Kirk racontait avec une certaine tendresse moqueuse pour son défunt pote de droite.
John Wayne, le planqué patriote devenu balance du FBI sous le Maccarthysme (pas très glorieux, tout ça, quand même), a plus tard reçu son Oscar des mains de la démocrate Barbra Streisand, et tout Républicain radical qu'il était, il a aidé Jimmy Carter a négocier la rétrocession du canal de Panama avec le dictateur Omar Torrijos, qui était un très bon ami du Duke (même si Reagan et les Républicains criaient à l'époque à la trahison et traitaient de communiste Torrijos, allié de Cuba, de l'URSS et des Sandinistes, mais en réalité très anticommuniste). Malgré la polarisation extrême du Maccarthysme puis de la guerre du Viêt-Nam, l'entente pouvait donc redevenir possible entre des personnes aux opinions diamétralement opposées. Et au passage, malgré ses propos racistes, John Wayne a quand même épousé une Mexicaine.
Red Dear a écrit:
Sinon j'ai enfin trouvé un titre non-mentionné par Tillman, Le Vent de la Plaine (John Huston, 1960) qui traite la tribu Kiowa avec respect et aborde frontalement l'intolérance dont les Natifs ont fait l'objet.
Oui, un très bon film, avec un Burt Lancaster et un Audie Murphy haineux, et Audrey Hepburn en Amérindienne adoptée par une famille de fermiers et ignorante de ses origines. C'est plus un film ambivalent que du point de vue des Natifs cela dit.
