Harvard Story (Harvard Man)
2001
Ecrit et réalisé par James Toback
Genre : teen movie philosophique
durée : 1h34
Casting : Adrian Grenier, Sarah Michelle Gellar, Joey Lauren Adams, Gianni Russo
James Toback est le genre de réalisateur et d'auteur qui est génétiquement conditionné pour faire deux trucs bien dans toute sa carrière. Son principal fait d'arme est d'avoir écrit "Bugsy" (que tout le monde doit connaître), avec Warren Beaty au début des 90's.
Plus récemment, il a écrit et réalisé "Black and White". Ce dernier racontait sous forme de sketches assez décousus (un défaut dont Harvard Story n'est pas exempt) les rapports de fascination/répulsion entre les noirs et les blancs aux Etats Unis, en mettant un gros zoom sur deux microcosmes particuliers : le hip hop et le sport. Avec des participations du Wu Tang Clan et de Mike Tyson, le tout était souvent bien vu, même si le film peinait à raconter une "vraie" histoire.
L'idée lui était venu lorsqu'il côtoyait beaucoup les blacks stars dans les 70's (Jim Brown en tête) et qu'il finissait selon ses dires à se comporter comme eux au niveau du langage et de l'attitude. Sans doute aussi biographique, Harvard Story nous plonge dans la période de l'adolescence qui, au vu du film, a du être sacrément enfumée pour le jeune James.
James Toback, le cerveau derrière le nanar
Alan Jensen (Adrian Grenier) est le capitaine de basket de la prestigieuse université de Harvard. Il a en outre une passion pour la philo (qui a dit première incohérence ?). Sa jolie prof qu'il se tape à l'occasion, Chesney Cort (Joey Lauren Adams, lookalike de Renee Zellweger) va d'ailleurs nous gratifier de citations bien nanardes tout au long du film, devant nos yeux éberlués d'être tombé sur un ovni pareil.
"... Ce qui nous amène à l'existentialisme et à la construction du moi par nos actes, qui sont issus des entrailles de ce vide"
Enfin, l'autre passion d'Alan est la débauche, qu'elle prenne la forme de meufs ou de drogues (diverses dans les deux cas). Un jour, il copule (quasiment par hasard, selon le dossier de presse que j'ai entre les mains) avec une cheerlader et la son destin bascule (et nous avec). La fille en question est Cindy Bandolini (Sarah Michelle Gellar), fille d'un parrain local, avec gros ventre et piscine.
Après une visite chez son père, cette dernière lui propose une forte somme d'argent pour qu'il fasse planter son équipe lors du prochain match. Vu que ses parents ont tout perdu lors d'une tornade (?????), Alan finit par accepter non sans quelques états d'âmes qui semblent être là pour faire traîner le film en longueur (en pleine crise, Alan nous dit : "C'est la certitude qui anticipe l'infinité, par conséquent l'angoisse est une possibilité de liberté")
Celle par qui le nanar arrive
"- Eh petit, ça te dirait de gagner beaucoup de fric d'un seul coup ?
- Ok, mais le nanar j'ai déjà donné"
En plus de cela vient se greffer par dessus une histoire de paris clandestins que Cindy passe sans le savoir auprès de deux flics undercover du FBI sur la match truqué par son copain. La perversion sexuelle des deux agents causera d'ailleurs leur perte, dans un final époustouflant digne du sixième sens (au moins)
Finalement, Alan perd le match comme prévu et empoche l'argent. Il saute alors dans le premier avion pour le donner à ses parents. Sur le trajet du retour, il se rappelle alors des petits sucres imbibés de LSD qu'une amie lui a refilé et qui traînent au fond de sa poche.
"- T'aimes ça, hein ma cochonne ?
- Arrêtez, je suis Buffy et je vais vous transpercer avec mon pieu
- Arrête, tu m'excites"
"- T'as truqué le match pour du fric, t'es vraiment une merde, man !!!
- Calmes toi, tu sais bien que c'est la certitude qui anticipe l'infinité, par conséquent l'angoisse est une possibilité de liberté"
Après avoir gobé une quantité déraisonnable de LSD, le film bascule enfin dans le nanar pur jus, dans lequel il avait déjà un pied. Le bad trip d'Allan dure alors plus de 30 minutes. Oui, plus de 30 longues minutes où l'on voit le pauvre Adrian Grenier rouler des yeux et débiter des propos encore plus incohérents que pendant la première partie du film.
Pour que le tableau soit complet, on a bien sûr droit à des effets de caméra subjective à base de visages déformés et de visions psychédéliques. Le tout fait penser à Fabrice Luchini lorsqu'il parlait de l'épisode "d'Hélène et les Garçons" où l'un des protagonistes consommait des stupéfiants (à son insu) : "Ca n'était pas un drogue joyeuse, c'était une drogue délirante"
"- Allan, qu'est ce que tu fais avec cette petite conne. Souviens toi que le langage est un doux mensonge
- Attends, je suis complètement perché à cause de ce que j'ai gobé, je te raconte pas l'angoisse
- L'angoisse, c'est la peur du rien"
"Ca n'était pas un drogue joyeuse, c'était une drogue délirante"
Puisqu'un malheur n'arrive jamais seul, Alan est poursuivi durant toute cette très longue séquence par les flics et les hommes de mains du père de Cindy (je ne sais plus trop pourquoi, je vous dis les choses franchement). Ces deux derniers ont un humour assez relou qu'on pourrait qualifier, c'est le cas de le dire, de Cheech and Chong-esque. Le tout donne l'impression d'être un final de Benny Hill sous acide.
Pour conclure, je ne veux pas spoiler à mort, mais je vous rassure, ça se termine bien.
"- Nous voilà rassurés"
Incroyablement bordélique, Harvard Story tente de mélanger des genres à l'opposé les uns de autres : Film de sport, policier, film sur la drogue, teen movie et cinéma d'auteur. On sens bien que James Toback lorgne vers le côté Larry Clark pour le côté "jeunesse en détresse". Déjà qu'il ne maîtrise pas du tout son sujet, il croit bon d'en rajouter 10 couches dans la réalisation arty : musique classique utilisée à tord et travers, spilt screen et surtout des faux racords volontaires (au moins 50 en 1h30). La forme fait donc bien rire quand on se rend compte à quel point tout le reste tourne à vide.
Avec son 1m70 et sa grosse tête, Adrian Grenier est aussi crédible en basketteur que Pierre Arditi en caïd de téci. Sarah Michelle Gellar, qui a sans doute accepté ce rôle pour casser son image comme avait pu le faire Elizabeth Berkley dans "Showgirls" s'est rapidement ravisée et est vite retournée à ses Scoubidous (Comme Sacha Distel en fait)
Les distributeurs français ont bien du halluciner devant ce truc. Ne sachant trop que faire, il lui ont collé le titre de "Harvard Story" (le film est sorti en gros au moment de "Loft Story") et l'ont présenté comme un teen movie lambda.
Ce qui me fait le plus marrer dans tout ça, c'est d'imaginer les gamines de 15 ans qui sont allées au cinéma en pensant voir un "Elle est trop bien 2" avec Buffy et qui se sont retrouvées devant cette perle, dorénavant chroniquée sur Nanarland.
« Et c’est complètement à la fin du tournage que je me suis rendu compte que je participais à un bon nanar »
2.5/5
Robert Zdar