Tout d'abord, merci d'avoir transféré la discussion à ce sujet.
kevo42 a écrit:
Pour ce qui est de Tim Burton, je crois que ce qui l'intéresse, c'est l'aspect monstrueux du personnage et de ses adversaires : c'est pas si visible dans le premier (encore que le joker tue ses ennemis en les rendant monstrueux), mais très dans le deuxième : en centrant l'histoire autour du pingouin, on est dans une thématique freaks très propre à Tim Burton.
Ben, déjà le fait que Burton fasse de Bruce Wayne un homme d'affaires un peu reclus et excentrique (plutôt que l'habituel playboy bienfaiteur et extraverti) en dit long sur sa perception du personnage. Après tout, pour qu'un type décide du jour au lendemain de chasser les criminels en costume de doberman, il faut qu'il soit un peu bizarre à la base... sans oublier que, dans les films de Burton, Batman ne semble pas avoir de remords à trucider un ennemi trop récalcitrant. La performance de Michael Keaton abonde également dans ce sens : Bruce Wayne apparaît un peu timide, maladroit en amour comme en affaires. Au final, on en vient à se demander qui est le plus monstrueux entre lui et le Joker.
Évidemment, ici, contrairement aux films de Nolan, ce n'est pas souligné au feutre. Pour notre « auteur » british, la démarche de Bruce Wayne est tout à fait logique dans le vrai monde. Pour combattre le crime, il suffit de se déguiser en ninja capé et hop! personne pour nous trouver ridicule ou complètement débile.
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Pour ce qui est de Schumacher, ancien costumier de Woody et les robots, quand même, je crois que ce qui l'intéresse, c'est l'aspect léger de Batman, en référence à la série des années 60. Si on retrouve bien en partie la culpabilité de Batman face à la mort de ses parents, l'aspect visuel complètement disco, la propension à caser le maximum de punch lines en un minimum de temps (surtout visible dans Batman & Robin), et l'aspect crypto-gay des costumes et comportements de Batman & Robin en font des films très différents du premier diptyque.
Je dois avouer avoir « triché », car, de
Batman Forever, j'ai vu la version
Red Book Edition, montage amateur réduisant au maximum les moments trop légers et les passages homo-érotiques tout en réintégrant des scènes-clés mystérieusement évacuées du montage officiel.
En interviews, Joel Schumacher et Akiva Goldsman ont admis être déçus par le montage officiel du film, car plusieurs scènes fortes de développement psychologique ont été retirées à la demande des producteurs, qui ne voulaient pas d'un film sombre après
Batman Returns. Le film original était beaucoup plus sombre et plus en accord avec les films de Burton. Malheureusement, les chances d'un director's cut sont d'autant plus faibles que personne à Hollywood ne laissera Schumacher toucher à la franchise une fois de plus.
Pour ma part, j'ai tendance à penser que le cabotinage et les égarements homosexuels dans le film sont en partie attribuables aux producteurs, qui souhaitaient un film plus léger dans la veine de la vieille série des années 60. Après, si ça a parti en couilles avec
Batman et Robin, c'est une autre histoire...
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Pour ce qui est de Nolan, je crois que ce qui l'intéresse, c'est la question du bien et du mal, et de comment un super-héros, plongé dans un univers réaliste, peut influer sur la société. Ce que tu définis comme des réflexions pompeuses sur la politique sont à mon sens ce qui fait l'intérêt de ces Batman : montrer comment rendre la justice est bien plus compliqué que de prendre un tank et de buter les mafieux.
L'ennui avec ce raisonnement et la démarche de Nolan, c'est que Batman ne peut pas être réaliste. Pensez-y deux secondes : un justicier qui joue aux ninjas avec une cape (essayez dans la vraie vie, très pratique) et qui fait peur aux criminels en... les capturant vivants. Pas étonnant après ça que les supervilains s'évadent tout le temps!
Puis, il y a le fait que le style artistique de Nolan est on ne peut plus ordinaire; Joel Schumacher en mode automatique aurait fait un truc similaire (si, si). À part la scène d'ouverture (quand même réussie) de
The Dark Knight, qui repompe totalement celle de
Heat, les scènes d'action s'avèrent parfaitement illisibles et/ou surchargées. Christian Bale, avec sa grosse voix de Doberman rescapé d'une opération de la gorge ratée, achève de rendre ridicule un héros mou, qui a besoin de trois mentors pour se décider, qui ne peut encaisser ni balle ni morsure de chien (malgré sa super armure) et qui est rongé par trois millions de complexes... Pas top quand on veut jouer les superhéros!
En face, on ne fait pas beaucoup mieux : dans un Gotham étonnamment propre et prospère (en réalité, Chicago), les vingt quelque mafieux de la ville décident de faire alliance avec les premiers guignols venus (Scarecrow, le Joker). On est loin du Gotham malsain que nous dépeint à peu près toutes les précédentes adaptations filmiques ou animées de la franchise (ce qui inclut ironiquement même
Batman Begins avec son esthétique à la
Blade Runner). Du coup, on est en droit de se demander pourquoi des supervilains pullulent dans Gotham.
Enfin, Christopher Nolan, jouant la carte du cinéaste engagé, bourre son film d'allusions à la politique américaine. Fort bien, puisque c'est dans l'air du temps, mais là où le bât blesse, c'est qu'il prend le spectateur pour un idiot. Ainsi, pour bien qu'on comprenne ses réflexions, il faut que ses personnages les soulignent à gros trait à coup de répliques pompeuses. « Mourir en héros ou vivre en vilain », qu'il disait Harvey Dent, et quelle surprise de voir qu'à la fin, c'est exactement ce qui se produit (Batman prend soin de nous le rappeler, juste au cas où). Le Joker se croit bien malin quand il déclare à Batman un truc du genre « Tu es un freak comme moi pour les bandits, hahahaha! ». L'ennui, c'est que cet aspect a été abordé en masse et beaucoup plus subtilement dans les films de Burton. Pour ce qui est de Batman en pleine crise existentielle, c'est le sujet central de
Batman Forever (d'où le titre)... du moins, avant que les meilleures scènes soient retirées pour en faire un simple divertissement. Merde, même la Bat-armure renvoie à celle de
Batman Forever avec son système de sonar!
Il y aurait tant d'autres défauts aux films de Nolan que je pourrais aborder, comme la performance largement surestimée de feu Heath Ledger (allez hop, je grimace et je déblatère mon texte avec une voix rauque), une distribution banale (Morgan Freeman dans le rôle d'un vieil homme noir sage et sarcastique, ouh!), la musique anecdotique, les passages mélodramatiques avec le moustachu commissaire Gordon, l'omnisciente du Joker, les caprices de Lucius Fox (donc, c'est correct de construire un char d'assaut, mais ça ne l'est pas de mettre la ville sous écoute?), la corruption étonnamment facile de Harvey Dent, les trois mille sous-intrigues qui ne vont nulle part (à quoi servait déjà le vol de banque du début et l'escapade à Hong-Kong?), le plan non-sensique du Joker avec les traversiers, la finale aussi pompeuse que sans queue ni tête et j'en passe...