
Je serai un chouia moins sévère qu'à l'époque de ma notule écrite il y a 15 ans. Il y a pas mal de scènes d'action entre les moments de pur remplissage (du genre un plan-séquence du méchant William Zipp qui raccroche son téléphone, se sert un verre de soda, boit les deux tiers de son verre, se met à sourire de son sourire de hamster, fait la moue, ne dit rien, reprend son verre, boit le fond de soda qu'il restait, repose son verre sur la table... une bonne minute de gagnée, paf ! à croire qu'ils ont laissé la caméra tourner après la prise et filmé William Zipp à son insu). Bon, les scènes d'action sont bien ringardes et cheaps, avec poursuites à 30 km/h et fusillades fauchées dans des terrains vagues vides, mais ont le mérite de ne pas être trop espacées.
Ultra-démotivé et visiblement bourré comme un coin, l'hagard David Carradine roule des mécaniques avec une fascinante mollesse, balance quelques punchlines comme
"Compte là-dessus et bois de l'eau !" (Fred Williamson va demander des royalties), et se sert en deux occasions de son _ trop rare _ fulguropoing (dont une séquence épique faisant exploser le nanaromètre). David est absent de la moitié du film alors qu'il est le héros (tournage express oblige). Il a l'air au bout de sa vie et fait vraiment pitié à voir. Par contre, Robert Tessier se fait manifestement plaisir en bras droit du méchant et William Zipp s'implique dans son rôle. Mais ils sont un peu les seuls.
Le MacGuffin (une cassette vidéo prouvant la culpabilité du méchant) est oublié en cours de route, le script est incohérent, pas mal de dialogues sont là juste pour meubler sans apporter grand chose à la profondeur des personnages, on a droit à des musiques, des trognes et des looks 100% 80's, ainsi qu'à quelques strip-teaseuses pour soutenir l'attention du spectateur (il faut au moins ça). David A. Prior dresse une étonnante critique de l'ultralibéralisme sécuritaire reaganien, bien que ça n'aille pas loin dans la réflexion (la quoi ?) et que ce soit surtout un prétexte scénaristique repompé sur
Robocop. Prior parvient aussi occasionnellement à instaurer une petite atmosphère avec la musique.
Aujourd'hui, je le classerais plus volontiers en "Ni chauds ni froids", mais bon, c'est quand même bien pourrave. Le film aurait pu être vraiment nanar, mais au final, c'est juste routinier, mou et super fauché. Pas terrible, mais ça se laisse regarder du coin de l'œil, si on est bien disposé (ce qui fut mon cas ce soir).